Les abatis des Chasseurs ardennais
L'Ardenne belge, massif boisé et coupé de vallées étroites, est le terrain par lequel passe — à la surprise des Alliés — la masse des blindés allemands. Les , troupes d'élite du cru, y sont déployés non pour tenir le terrain, mais pour le retarder : faire sauter ponts et routes, dresser des barrages d'arbres abattus (abatis), miner les défilés, harceler l'ennemi.
L'enjeu est le temps : chaque heure gagnée dans les Ardennes laisse aux Alliés le loisir d'organiser la défense de la Meuse. Mais les forces belges y sont faibles et n'ont pas vocation à livrer bataille rangée face aux Panzers.
Le commandement belge peut ordonner aux Chasseurs de multiplier les destructions et abatis puis de se replier en bon ordre, pour ralentir au maximum. De tenir des points d'appui plus longtemps, au risque d'être débordés et détruits. Ou de se replier vite vers la position principale, en sacrifiant l'effet retardateur. Le sort de la défense de la Meuse, plus à l'ouest, dépend en partie de ces journées gagnées dans les bois.
Les Chasseurs ardennais doivent-ils multiplier destructions et abatis en se repliant, tenir des points d'appui, ou se replier vite ?
Les appliquent surtout A, conformément à leur mission de retardement : ils font sauter des ouvrages, dressent des abatis et livrent des accrochages (comme à Bodange) qui ralentissent localement l'avance allemande. Mais les destructions, insuffisamment systématiques et mal coordonnées avec l'aviation alliée, ne suffisent pas à enrayer la formidable colonne blindée qui s'écoule par les Ardennes : les Allemands atteignent la Meuse dès le 12-13 mai, beaucoup plus vite que les Alliés ne l'avaient cru possible. L'épisode souligne que le verrou ardennais, jugé naturel par l'état-major français, n'était pas réellement défendu — l'angle mort qui a rendu possible le « coup de faux ».









