La position fortifiée de Liège
Liège est protégée par une ceinture de forts modernisés, vestiges et héritiers de la position fortifiée qui avait retardé les Allemands en 1914. En mai 1940, après la chute d'Ében-Émael et la rupture du canal Albert, la question se pose de l'emploi de cette position et des troupes de campagne qui l'appuient.
Le dilemme est classique des places fortes. Maintenir l'armée de campagne autour de Liège pour défendre la position risque de la faire encercler, comme en 1914. La replier vers la ligne KW préserve les troupes mobiles, mais laisse les forts isolés, livrés à eux-mêmes.
Le commandement belge peut replier les troupes de campagne vers la ligne KW en laissant les forts tenir seuls le plus longtemps possible. Défendre la position de Liège avec l'armée de campagne, au risque de l'encerclement. Ou évacuer entièrement la région, forts compris, pour concentrer l'effort à l'ouest. L'enjeu est de ne pas répéter le piège de 1914 tout en tirant parti des fortifications.
Le commandement belge doit-il replier les troupes en laissant les forts seuls, défendre Liège, ou tout évacuer ?
Le commandement belge choisit A : les troupes de campagne se replient vers la ligne KW pour ne pas être encerclées, laissant les forts de Liège résister isolément. Plusieurs ouvrages (Aubin-Neufchâteau, Battice, Tancrémont…) tiendront plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour certains, fixant des forces allemandes mais sans pouvoir changer le cours de la campagne. La décision évite le piège de l'encerclement de 1914, mais condamne les garnisons des forts à un combat solitaire et finalement sans espoir. Elle illustre le sort des fortifications fixes face à une guerre de mouvement : utiles pour retarder, incapables d'arrêter.









