Les ponts du canal Albert
Au matin du 10 mai 1940, la défense belge repose en partie sur le canal Albert, large obstacle antichar. Trois ponts essentiels — Veldwezelt, Vroenhoven et Briegden — sont préparés pour la destruction : il suffit, à l'approche de l'ennemi, de faire sauter les charges pour bloquer net les blindés allemands.
Mais les Allemands ont prévu d'y déposer des commandos aéroportés par planeurs, en même temps que sur Ében-Émael, précisément pour s'emparer des ponts intacts avant qu'ils ne sautent. Tout se joue en quelques minutes, dans la confusion de l'attaque-surprise.
Pour le génie belge, la consigne est claire mais le moment, crucial. Faire sauter immédiatement les ponts dès l'alerte, quitte à les détruire un peu tôt, pour être sûr d'interdire le passage. Attendre l'ordre formel de destruction, au risque d'être pris de vitesse par les commandos. Ou tenter de défendre les ponts pour les détruire plus tard de façon coordonnée. La rapidité de la décision déterminera si la première ligne belge tient ou cède d'emblée.
Le génie belge doit-il faire sauter les ponts immédiatement, attendre l'ordre formel, ou les défendre d'abord ?
Le résultat est mitigé : un seul des trois ponts (Briegden) est détruit à temps, tandis que Veldwezelt et Vroenhoven sont capturés intacts par les commandos allemands déposés en planeurs, qui prennent de vitesse les équipes de destruction. La saisie de ces ponts, conjuguée à la chute d'Ében-Émael, ouvre une brèche béante dans la défense du canal Albert dès les premières heures. Les défenseurs belges, surpris par la rapidité et la nouveauté de l'attaque aéroportée, n'ont pu réagir à temps. L'épisode montre comment l'innovation tactique allemande a neutralisé, en quelques minutes, des obstacles préparés de longue date.









