Pont de Vroenhoven — l’ordre de destruction
Le Lieutenant Crisse commande une trentaine d’hommes du belge à la garde du pont de Vroenhoven, à environ 5 km au nord-est de Maastricht. Le pont enjambe le canal Albert, ligne de défense que l’armée belge veut tenir au nord de Liège. La consigne donnée à Crisse est sans ambiguïté : faire sauter l’ouvrage dès l’apparition de l’ennemi. Quelque 800 kg d’explosifs sont placés sous le tablier, reliés à un détonateur dans une casemate.
À 04h25 le 10 mai, sans le moindre avertissement, des planeurs allemands se posent aux deux extrémités du pont. Des parachutistes du — une centaine d’hommes en une dizaine d’appareils — surgissent à quelques mètres des positions belges. L’assaut est si soudain que la garnison n’a pas vu venir l’attaque : pas de bruit de moteur, pas de vagues d’infanterie annoncées.
Crisse comprend en quelques secondes qu’il est débordé. Les assaillants se ruent vers le tablier et vers les fils de mise à feu. Il lui reste un instant pour décider de l’usage de son détonateur.
Faut-il actionner immédiatement la mise à feu, ou tenir le pont avec la garnison ?
Crisse applique A : il tente d’actionner la mise à feu. En vain — dans les toutes premières secondes de l’assaut, les parachutistes ont sectionné les câbles reliant les charges au détonateur. Le pont de Vroenhoven tombe intact en moins de dix minutes ; une vingtaine de Belges sont capturés. L’ouvrage devient aussitôt un atout majeur pour l’envahisseur : le 11 mai au matin, la franchit le canal Albert par ce pont et s’ouvre la route vers l’intérieur du pays. La perte simultanée de Vroenhoven et de Veldwezelt, conjuguée à la chute d’Eben-Emael, fait sauter en une matinée toute la ligne du canal. Le perd huit hommes pour ce résultat. Vroenhoven entre dans les manuels comme l’archétype de l’assaut par planeurs : neutraliser le système de mise à feu avant que le défenseur ne puisse l’utiliser.









