Les ponts de la Meuse
À mesure que les blindés allemands approchent de la Meuse, la destruction de ses ponts devient un impératif pour ralentir l'ennemi et tenir la ligne du fleuve. Le génie belge, comme le génie français plus au sud, est chargé de faire sauter les ouvrages au bon moment — ni trop tôt (on couperait ses propres troupes en repli), ni trop tard (on les laisserait intacts à l'ennemi).
Le dilemme du sapeur est cruel et minuté. Faire sauter les ponts dès l'approche allemande, au risque de piéger des unités amies et des réfugiés encore sur la rive est. Attendre le dernier moment et l'ordre formel, au risque que des commandos ou des avant-gardes s'en emparent intacts (comme à Houx ou Gennep). Ou défendre les ponts pour les détruire de façon coordonnée plus tard.
Sur un front large et dans la confusion de l'avance ennemie, les liaisons sont incertaines, les ordres tardent, et chaque pont posé un cas particulier. La réussite ou l'échec de ces destructions conditionne la solidité de la ligne de la Meuse — l'obstacle censé arrêter le « Blitzkrieg ».
Le génie belge doit-il détruire les ponts de la Meuse dès l'approche allemande, attendre l'ordre formel, ou les défendre d'abord ?
Les résultats sont inégaux, mais la consigne générale tend vers A : la plupart des ponts de la Meuse entre Namur et Dinant sont détruits par le génie belge à l'approche des Allemands, ce qui oblige l'ennemi à forcer le fleuve sur des canots et à improviser des passages (Houx, Dinant). Ces destructions, plus systématiques que sur la Meuse française à Sedan, ralentissent réellement l'avance dans le secteur belge. Mais la percée décisive se fait là où les Français défendent (Sedan, Monthermé), et l'effondrement de la rend vaine la solidité de la ligne belge. Faire sauter les ponts à temps fut, pour les sapeurs, un devoir minuté entre le sacrifice des retardataires et le refus de livrer un passage intact.









