Pont de Kanne — quatrième cible aéroportée
Le Lieutenant garde le pont de Kanne, sur le canal Albert, avec une trentaine d’hommes du belge. Kanne est la plus méridionale des quatre cibles aéroportées allemandes de la matinée, à environ 4 km au nord du fort d’Eben-Emael. Comme ses camarades de Vroenhoven et de Veldwezelt, Rohling a reçu l’ordre de détruire son pont dès l’irruption de l’ennemi ; les charges sont en place sous le tablier.
À l’aube du 10 mai, Rohling dispose d’un avantage que les autres défenseurs n’ont pas eu : la distance. Les planeurs du s’abattent sur Eben-Emael à 04h25, et le grondement des premières explosions porte jusqu’à sa position avant que ses propres assaillants — le , environ 90 parachutistes en planeurs — ne soient sur lui. Pour la première fois ce matin-là, un gardien de pont entend l’attaque arriver.
Rohling doit lire ce vacarme lointain. Est-ce le signal d’une attaque générale qui le concerne aussi, ou un événement isolé sur le fort voisin ? Sa main est sur la mise à feu ; l’ennemi n’est pas encore visible sur son tablier.
Faut-il faire sauter Kanne sur la foi des explosions d’Eben-Emael, sans attendre de voir l’ennemi ?
Rohling applique A : il déclenche les charges au bruit d’Eben-Emael, sans attendre de voir ses assaillants. Le pont de Kanne explose une fraction de seconde avant que les premiers parachutistes du n’atteignent le tablier — l’onde de choc projette des planeurs en l’air. Kanne est le seul des quatre ponts visés ce matin-là à être détruit avant l’assaut : Vroenhoven, Veldwezelt et le toit d’Eben-Emael tombent intacts ou neutralisés. Le déplore aussitôt huit tués et plusieurs blessés, et manque son objectif. Localement, la destruction retarde la , contrainte d’emprunter les ponts voisins demeurés intacts ; à l’échelle de la campagne, le répit reste modeste. Rohling, fait prisonnier, est libéré en 1945 et meurt en 1962. Sa réaction est enseignée comme un cas d’école de décision rapide sous attaque-surprise.









