Le fort de Battice isolé
Après le repli de l'armée de campagne vers la ligne KW, les forts de la Position fortifiée de Liège restent en arrière, isolés derrière les lignes allemandes. Le fort de Battice, l'un des plus puissants, se retrouve encerclé, sa garnison coupée du commandement, sans espoir de secours ni de relève.
Pour cette garnison, la question est celle de tous les ouvrages assiégés. Continuer à résister fixe des forces allemandes, gêne leurs communications et sauve l'honneur, mais condamne les hommes à un siège sans issue, sous les bombardements et les assauts. Se rendre épargne des vies, mais libère l'ennemi d'une épine dans le pied.
La garnison peut résister jusqu'au bout, tant que tiennent vivres et munitions, pour fixer l'ennemi. Se rendre une fois la situation jugée désespérée et l'armée de campagne hors de portée. Ou tenter une sortie pour rejoindre les lignes amies — quasi impossible. Comme les autres forts de Liège et de Namur, Battice incarne le dilemme des fortifications fixes dans une guerre de mouvement.
La garnison de Battice doit-elle résister jusqu'au bout, se rendre, ou tenter une sortie ?
La garnison choisit A : le fort de Battice résiste, isolé, sous les bombardements et les assauts allemands, jusqu'au 22 mai 1940, bien après le repli de l'armée de campagne. Comme les forts d'Aubin-Neufchâteau ou de Tancrémont, il fixe des forces ennemies et oppose une résistance prolongée, sans pouvoir infléchir le cours de la campagne. La reddition n'intervient qu'à l'épuisement des moyens et lorsque toute utilité militaire a disparu. Battice illustre, à l'échelle d'un ouvrage, le sort des forts belges de 1940 : une résistance courageuse et solitaire, héritière de 1914, mais dépassée par une guerre où la décision se joue en mouvement, loin des bétons enterrés.









