Bodange — Bricart et les Chasseurs ardennais
À l'aube du 10 mai 1940, l'armée allemande déferle sur le Luxembourg et les Ardennes belges. La doctrine belge ne prévoit pas d'y tenir : les unités de couverture des Chasseurs ardennais doivent retarder brièvement l'ennemi puis se replier sur la position principale, plus à l'ouest. Mais les liaisons sont rompues, et plusieurs détachements ne reçoivent jamais l'ordre de décrochage.
À Bodange, sur la Sûre, une compagnie d'environ soixante hommes commandée par le commandant se trouve face au fer de lance de la : des blindés et quelque 3 000 fantassins se pressent vers les ponts qui ouvrent la route de Sedan.
Bricart n'a pas reçu l'ordre de repli. Il peut tenir la position et faire sauter le passage, infligeant un retard à toute une division blindée, mais au prix presque certain de sa compagnie isolée et sans renfort. Il peut décrocher de sa propre initiative, conformément à l'esprit de la doctrine, pour préserver ses hommes. Il peut aussi se rendre face à un ennemi écrasant. Chaque heure gagnée ici retarde l'arrivée des Panzers sur la Meuse — mais nul, à Bodange, ne sait encore combien ce délai pèsera.
Bricart doit-il tenir le pont de Bodange face à une division blindée, ou décrocher pour sauver sa compagnie ?
Bricart choisit A : sa poignée de Chasseurs ardennais bloque la pendant environ huit heures le 10 mai, désorganisant le calendrier allemand dans les Ardennes. Le commandant est tué au combat, avec une dizaine de ses hommes. L'épisode démontre, a contrario, que l'ordre de repli matinal des unités de couverture était discutable : là où les Chasseurs ont tenu, ils ont retardé l'adversaire bien au-delà de ce que l'état-major croyait possible. Bodange devient un lieu de mémoire de l'armée belge, symbole d'une résistance tenace dans une campagne par ailleurs perdue en dix-huit jours.









