Le fort d'Aubin-Neufchâteau
La position fortifiée de Liège a été modernisée dans les années 1930 par quatre forts neufs : Ében-Émael, Battice, Tancrémont et Aubin-Neufchâteau. Le 10 mai 1940, le plus célèbre, Ében-Émael, tombe en quelques heures sous l'assaut de planeurs allemands. Le choc est immense : si le « plus fort fort du monde » cède aussitôt, que peuvent les autres ?
Aubin-Neufchâteau, construit en 1936, n'est même pas entièrement achevé. Sa garnison, environ cinq cents hommes, se retrouve vite isolée à l'arrière des lignes allemandes qui foncent vers l'ouest, et soumise à un bombardement méthodique d'artillerie et de Stukas.
Le commandant fait face à un dilemme cruel. Tenir l'ouvrage, fixer des troupes allemandes et gagner des jours, mais sans espoir de secours et au prix de pertes croissantes. Capituler pour épargner sa garnison, une fois les pièces réduites et les munitions entamées. Ou tenter une sortie désespérée. La valeur du sacrifice se mesure en jours arrachés à l'ennemi, alors que le gros de l'armée belge se replie derrière lui.
Le commandant doit-il tenir un fort isolé et inachevé jusqu'au bout, ou capituler pour épargner sa garnison ?
Le commandant choisit A : Aubin-Neufchâteau résiste une douzaine de jours, en liaison avec le fort voisin de Battice, fixant des moyens allemands à l'arrière du front. Ce n'est qu'après l'épuisement des munitions et la neutralisation de la plupart de ses pièces que la garnison — environ 526 hommes — se rend le 21 mai 1940. La résistance des forts de Liège, éclipsée par la chute spectaculaire d'Ében-Émael, illustre l'autre visage de la campagne : des garnisons isolées tenant obstinément des positions condamnées, pour gagner du temps au profit d'une armée en retraite.









