Léopold III prend le commandement
Au matin du 10 mai 1940, l'Allemagne envahit la Belgique neutre. À Bruxelles, le roi doit incarner la réaction du pays. Son père, le roi Albert, est resté dans la mémoire nationale comme le « Roi-Chevalier » qui prit personnellement la tête de l'armée en 1914 et symbolisa la résistance belge.
Léopold dispose de plusieurs postures. Assumer lui-même le commandement en chef de l'armée, sur les traces de son père, pour galvaniser la nation et peser sur la conduite des opérations. Ou s'en remettre à son état-major et au gouvernement, en se cantonnant à un rôle constitutionnel et symbolique, laissant les militaires diriger la bataille.
Le choix n'est pas anodin. En se faisant chef de guerre, le roi lie son destin à celui de l'armée — y compris en cas de défaite et de capitulation, où sa position pourrait le placer en porte-à-faux avec un gouvernement qui, lui, pourrait poursuivre la lutte depuis l'étranger. Constitutionnellement, ses ministres restent responsables ; mais sur le terrain, la question de savoir qui commande, et au nom de quoi, va peser sur toute la campagne des dix-huit jours.
Léopold doit-il prendre lui-même le commandement de l'armée, comme son père en 1914 ?
Léopold choisit A : il prend le commandement de l'armée belge, déclarant se mettre à sa tête « comme son père en 1914, avec la même confiance et la même foi ». Cette posture le soude à ses troupes durant la campagne des dix-huit jours, mais elle le conduit aussi, le 28 mai, à décider seul de la capitulation, en restant avec son armée plutôt que de suivre son gouvernement en exil. La rupture entre le roi et ses ministres, amorcée dès la mi-mai, débouchera sur la longue et amère « Question royale » de l'après-guerre. En liant son sort à celui de l'armée, Léopold a engagé bien plus que la bataille de 1940.









