Miner le Rhin — l’opération Royal Marine
, 65 ans, est revenu à l’Amirauté en septembre 1939, le poste qu’il occupait déjà en 1914. Frustré par l’inaction de la « drôle de guerre », il multiplie les projets pour porter la guerre à l’ennemi sans l’attendre dans les tranchées.
Son idée du moment porte un nom : Royal Marine. Il s’agit de larguer dans les eaux françaises du Rhin des milliers de mines fluviales dérivantes, conçues pour exploser au contact des ponts, péniches et barges allemandes et paralyser le trafic sur le grand fleuve industriel du Reich. Les premières mines, 300 à 400, sont prêtes dès la mi-mars 1940.
Mais le gouvernement français bloque. Le Comité de guerre, sous l’influence d’, redoute des représailles aériennes allemandes sur les usines et villes françaises, plus exposées que les britanniques. En parallèle, Londres et Paris préparent déjà le minage des eaux norvégiennes pour couper le fer suédois destiné à l’Allemagne. Au Conseil suprême de guerre, Churchill plaide. Faut-il forcer le lancement des mines du Rhin malgré le veto français, y renoncer, ou lier le sort de Royal Marine à celui du minage norvégien ?
Premier Lord de l’Amirauté, imposez-vous le minage du Rhin malgré le refus français ?
Churchill applique C par contrainte, puis bascule vers B faute de feu vert. Le minage norvégien (Wilfred) est mené début avril 1940, mais Royal Marine reste suspendu au veto du Comité de guerre français, inquiet des représailles. Churchill se rend lui-même à Paris en avril pour fléchir et Daladier, et lâche, dépité : « Nous allons perdre l’omnibus. » Le report tient près de trois mois. Les mines fluviales ne sont finalement lâchées qu’à partir du 10 mai 1940 — le jour même où la Wehrmacht déferle à l’ouest, rendant l’opération marginale. Royal Marine endommagera quelques ponts et péniches sur le Rhin et la Moselle, mais l’offensive allemande aura tranché la campagne avant que l’arme fluviale ne pèse. L’épisode illustre la mésentente stratégique franco-britannique de la drôle de guerre.









