L'Amirauté et la rumeur du Strasbourg
Fin juin 1940, l'Amirauté britannique vit dans l'angoisse du sort de la flotte française. L'armistice signé, Londres redoute que les puissants navires français, en particulier les bâtiments modernes de la classe Dunkerque, ne finissent par servir l'Allemagne ou l'Italie, faisant basculer le rapport de force naval en Méditerranée. Les bâtiments de la classe Dunkerque comptent parmi les plus rapides du monde, et l'idée de les voir capturés par l'ennemi hante l'état-major britannique.
Le 28 juin au soir, une note du renseignement naval signale que le cuirassé Strasbourg, mouillé à Mers-el-Kébir, aurait appareillé pour rejoindre Toulon — ou pire, gagner un port contrôlé par l'Axe. L'information ne peut être vérifiée dans l'immédiat. La rumeur remonte jusqu'à Churchill, qui doit décider du sort de la flotte française dans les jours qui suivent. Au même moment, la Royal Navy rassemble à Gibraltar la Force H et met sur pied l'opération Catapult, destinée à neutraliser la flotte française dans plusieurs ports à la fois.
Le dilemme est celui du renseignement en temps de crise : agir sur une information non vérifiée au risque d'une erreur lourde, ou prendre le temps de confirmer au risque de laisser filer une menace. La recommandation des officiers pèsera sur la décision d'attaquer ou non Mers-el-Kébir.
Que doit recommander le renseignement naval face à la rumeur du Strasbourg ?
L'Amirauté recommande B. Une reconnaissance aérienne menée depuis Gibraltar le 29 juin confirme que le Strasbourg est toujours à Mers-el-Kébir. La rumeur était infondée, mais elle aura accéléré la décision politique : l'opération Catapult passe en phase opérationnelle le 1er juillet. Cet épisode illustre le rôle des informations incertaines dans l'engrenage qui mène au drame de Mers-el-Kébir : c'est moins un fait avéré qu'une crainte — celle de voir la flotte française changer de camp — qui décide les Britanniques à frapper un allié de la veille. Le renseignement a, ici, corrigé une fausse alerte sans pour autant désamorcer la défiance.









