U-110 — un U-Boot abandonné mais à flot
Au printemps 1941, la bataille de l'Atlantique fait rage : les U-Boote déciment les convois, et la Royal Navy ignore le plus souvent leurs positions, faute de lire les communications allemandes chiffrées par les machines Enigma. Percer ce code est l'obsession des décrypteurs de Bletchley Park, qui manquent cruellement de matériel allemand authentique pour y parvenir.
Le 9 mai 1941, le convoi OB 318, au sud du Groenland, est attaqué par l'U-110 du commandant — l'officier qui avait coulé le paquebot Athenia dès le premier jour de la guerre. Repéré, l'U-Boot est contraint à faire surface par les grenades sous-marines des escorteurs. L'équipage l'abandonne, persuadé qu'il coule. Mais le sous-marin reste à flot.
Le commandant du destroyer HMS Bulldog doit décider en quelques minutes : éperonner et couler le sous-marin ennemi, réflexe normal de la guerre antisous-marine ; ou retenir son geste et envoyer une équipe l'aborder, au risque d'une explosion ou d'un sabordage, pour tenter de s'emparer de ce qu'il contient. La fenêtre est étroite : l'U-110 peut sombrer ou se saborder à tout instant.
Que doit faire le Bulldog de l'U-110 abandonné mais encore à flot ?
Le commandant choisit B. Une équipe d'abordage menée par le jeune sub-lieutenant descend dans l'U-110 et en retire tout ce qui est transportable — dont une machine Enigma intacte, ses réglages du moment et des documents secrets, notamment les tables de chiffrement à court terme. Lemp, réalisant que son sous-marin ne coule pas et tentant de revenir le saborder, périt en mer. La prise, gardée rigoureusement secrète (l'U-110 coule en remorque le lendemain, ce qui en dissimule la capture), donne à Bletchley Park une aide précieuse pour lire le trafic naval allemand. Combinée à d'autres saisies, elle contribue à la lecture régulière du code des U-Boote, atout décisif et longtemps caché de la bataille de l'Atlantique.









