Hess — l'idée fixe d'une paix séparée
, 47 ans, est l'adjoint du Führer (Stellvertreter), longtemps le numéro deux du Parti nazi et l'un des plus anciens fidèles de Hitler. Mais à mesure que la guerre s'étend, son influence réelle décline au profit de rivaux comme Bormann ou Göring. Hess reste convaincu d'une idée fixe : Allemands et Britanniques, peuples « germaniques », ne devraient pas se faire la guerre ; un accord serait possible avant que l'Allemagne ne se tourne vers l'Est.
Pilote passionné, il a conçu en secret un projet personnel et insensé : se rendre lui-même en Écosse pour y rencontrer le duc de Hamilton, qu'il croit influent et favorable à la paix, et négocier directement un arrangement par-dessus la tête des dirigeants britanniques. Il ignore que Hamilton n'a ni ce pouvoir ni cette intention, et que Churchill ne cédera jamais.
Hess se trouve devant un choix lourd : renoncer à un projet voué à l'échec et qui le couvrirait de ridicule ; en référer à Hitler, qui l'interdirait certainement ; ou passer outre et tenter seul, clandestinement, ce vol vers l'ennemi, en pariant follement sur une paix séparée à la veille de Barbarossa.
Hess doit-il tenter seul son vol secret vers l'Écosse ?
Hess choisit C. Le 10 mai 1941, il décolle seul d'Augsbourg aux commandes d'un Messerschmitt Bf 110, traverse la mer du Nord et saute en parachute près d'Eaglesham, au sud de Glasgow, où il est aussitôt capturé. Sa démarche est un fiasco total : les Britanniques l'internent comme prisonnier et n'envisagent aucune négociation ; Hitler, furieux et embarrassé, le déclare publiquement victime de troubles mentaux et fait arrêter son entourage. Bormann hérite de ses fonctions de parti. L'affaire, survenue six semaines avant l'attaque de l'URSS, alimente d'innombrables spéculations. Hess restera prisonnier jusqu'à la fin de la guerre, sera condamné à la perpétuité à Nuremberg et mourra à la prison de Spandau en 1987, dernier détenu de cette geôle berlinoise.









