Beneš à Londres — l'automne 1939
, 55 ans, est l'ancien président de la République tchécoslovaque (1935-1938). Il a démissionné le 5 octobre 1938 après les accords de Munich qui ont amputé le pays des Sudètes. Il s'est exilé en Grande-Bretagne en octobre 1938, professeur invité à l'Université de Chicago jusqu'en juillet 1939, puis rentré au Royaume-Uni le 19 juillet 1939.
À la suite de l'invasion allemande de la Bohême-Moravie (15 mars 1939) — création du Protectorat de Bohême-Moravie sous Neurath, puis Heydrich — Beneš revendique être l'autorité légitime continue de l'État tchécoslovaque, considérant l'accord Munich comme nul et non avenu (signé sous contrainte) et le démembrement subséquent comme illégal. Mais la position britannique est délicate : Londres a signé Munich, reconnu le Protectorat de fait, et craint qu'une reconnaissance de Beneš provoque l'antagonisme allemand.
Après le déclenchement de la guerre (3 septembre 1939) et la formation de la en France (septembre, sous le général ), la position alliée commence à évoluer. Le 12 octobre 1939, la France reconnaît un "Comité tchécoslovaque en France" (présidé par ), mais Londres résiste encore. Beneš veut une reconnaissance complète comme gouvernement. Comment l'obtenir : par la pression — médias britanniques, exilés tchécoslovaques —, par une patience diplomatique acceptant un statut transitoire, ou en monnayant une contribution militaire concrète contre la reconnaissance politique ?
Quelle stratégie Beneš adopte-t-il à l'automne 1939 ?
Beneš combine A et C. Patience diplomatique avec Londres (Chamberlain et Halifax) tout en accélérant la formation de la en France (créée le 17 novembre 1939 sous le général Ingr, environ 3 500 hommes au 30 novembre, complétée à 11 000 hommes au moment de la chute de la France en juin 1940). Le 20 décembre 1939, Londres reconnaît le Comité national tchécoslovaque comme représentant légitime du pays — première étape vers la reconnaissance gouvernementale qui viendra le 18 juillet 1941 (gouvernement provisoire reconnu) et la reconnaissance complète du 5 août 1942 (le gouvernement tchécoslovaque en exil obtient les pleins droits diplomatiques). Beneš reste président en exil tout au long de la guerre, dirige depuis Londres l'État tchécoslovaque clandestin. Décisions controversées ultérieures : autorise l'opération Anthropoid (assassinat de Heydrich, 27 mai 1942, par Gabčík et Kubiš), négocie avec Staline la cession définitive de la Ruthénie subcarpatique à l'URSS en 1944, signe les décrets Beneš (1945) qui expulsent environ 3 millions d'Allemands des Sudètes et de Moravie. Rentre à Prague en mai 1945, redevient président. Démissionne après le coup de Prague communiste de février 1948, meurt en septembre 1948. Le débat historiographique sur Beneš oscille entre l'éloge (artisan de la résistance tchécoslovaque) et la critique (responsable de l'alliance avec l'URSS qui a livré le pays au communisme).









