Cardinal Hlond — l'instruction du Vatican
, 58 ans, est primat de Pologne depuis 1926 — archevêque métropolitain de Gniezno (siège historique) et de Poznań. Cardinal depuis 1927, salésien. Premier prélat polonais depuis l'indépendance de 1918, il a négocié avec le Concordat de 1925 entre le Saint-Siège et la Pologne. Au moment de l'invasion, il est à Poznań, capitale ecclésiastique de Pologne occidentale.
Le 1er septembre, Poznań est à 80 km de la frontière allemande, dans l'axe direct de l'invasion. Le 2 septembre, le nonce apostolique transmet à Hlond une instruction du Vatican rédigée par le Secrétaire d'État Maglione : « En cas d'occupation, les évêques polonais doivent éviter d'être capturés sur place — ils peuvent constituer une cible de représailles, et leur déportation décapiterait l'Église polonaise. » Le 3 septembre, Hlond quitte Poznań pour Varsovie. Le 6 septembre, le gouvernement polonais lui demande explicitement de quitter le territoire national : sa capture par les Allemands serait une catastrophe pour l'Église et pour l'État polonais en exil que Sikorski va constituer.
La décision de partir étant prise, reste à choisir le rôle qu'il assumera depuis l'étranger. Il peut faire de son exil une tribune publique — conférences, communiqués, dénonciation explicite des crimes allemands ; privilégier une diplomatie discrète auprès de et des chancelleries, en organisant le soutien matériel des Polonais en exil ; ou tenter un retour clandestin via la Hongrie ou la Slovaquie pour partager le sort national. Quelle posture adopter ?
Quelle posture adopter une fois la décision de partir prise ?
Hlond combine A et B. Du 6 au 11 septembre, déplacement vers Krzemieniec puis Czerniowce (Roumanie). Le 21 septembre, il arrive à Rome, où il est reçu par . À Rome puis à Lourdes (à partir de juin 1940 quand l'Italie entre en guerre), il publie depuis le Vatican des communiqués sur les persécutions subies par l'Église polonaise — pertes documentées par lui : 6 000 prêtres tués durant la guerre, 1 800 dans les seuls camps de concentration, 25 % du clergé polonais. Il dénonce explicitement Hitler dans deux interventions à Radio Vatican (1940, 1942). Pendant ce temps, les évêques (Cracovie) et (Tarnów), eux, avaient refusé de partir et étaient restés en Pologne. Le 3 février 1944, Hlond est arrêté à Lourdes par la Gestapo, déporté en Bavière, libéré par les Américains en avril 1945. Il rentre en Pologne, en zone d'occupation soviétique, accepte la nouvelle réalité — y compris la perte des Terres orientales (Kresy) au profit de l'URSS. Meurt en octobre 1948 à Varsovie. Sa décision de septembre 1939 a été immédiatement controversée — certains l'ont accusé d'avoir abandonné son peuple, « le berger qui fuit ses brebis ». Sa cause de béatification est ouverte en 1992 ; le procès reste en cours en raison des débats sur sa fuite et sur certaines lettres pastorales d'avant-guerre considérées comme problématiques sur la question juive.









