De Valera — Leinster House, 2 septembre
, 57 ans, est Taoiseach (Premier ministre) de l'Eire depuis 1937 — date de la nouvelle Constitution établissant l'Irlande comme État pleinement souverain, "associé extérieur" du Commonwealth britannique. Vétéran de l'Insurrection de Pâques 1916, de la Guerre d'indépendance 1919-1921, de la Guerre civile irlandaise 1922-1923, il est l'un des fondateurs de l'État irlandais et son leader politique le plus marquant. Fervent catholique, nationaliste, gaéliciste.
Sa politique étrangère est dominée par deux questions : l'Irlande du Nord (six comtés restés sous souveraineté britannique au moment de la partition 1921) et la neutralité (doctrine de défense de la souveraineté irlandaise contre toute interférence britannique).
En 1938, par l'accord Chamberlain-de Valera, le Royaume-Uni a restitué les Treaty Ports (ports atlantiques de Berehaven, Queenstown/Cobh, Lough Swilly) jusqu'alors occupés par la Royal Navy. Ces ports auraient été cruciaux en cas de guerre sous-marine atlantique. Churchill, alors député, a vigoureusement protesté contre la restitution — il y voit « l'un des actes les plus inconcevables et irresponsables d'un gouvernement britannique ».
Au 1er septembre 1939, à l'invasion de la Pologne, de Valera doit déterminer la posture officielle. L'opinion irlandaise est divisée : la communauté catholique du nord et l'IRA penchent vers une neutralité hostile à Londres, voire un soutien tacite à l'Allemagne (logique "l'ennemi de mon ennemi"). Une partie de l'opinion catholique modérée et des milieux d'affaires souhaiterait un alignement discret avec la Grande-Bretagne.
Quelle posture annoncer le 2 septembre 1939 ?
De Valera annonce officiellement A au Dáil Éireann (Parlement) le 2 septembre 1939, posture confirmée par vote unanime. La neutralité de l'Eire est maintenue tout au long du conflit — la "Emergency" comme l'appellent les Irlandais. Mais en pratique, de Valera applique B. Coopération secrète substantielle avec Londres : partage de renseignements météorologiques (cruciale pour l'aviation alliée), restitution sans publicité des aviateurs alliés tombés en Irlande (180 cas), internement strict des soldats allemands tombés (200 cas), partage de renseignements via les services secrets G2 (Comdt ). En revanche, refus catégorique : aucune autorisation aux navires alliés d'utiliser les Treaty Ports, ce qui complique gravement la Bataille de l'Atlantique et coûte des milliers de morts britanniques et canadiens. De Valera maintient un protocole strict : en mai 1945, il présente officiellement ses condoléances au gouvernement allemand pour la mort de Hitler — geste diplomatique formellement correct mais politiquement désastreux pour la réputation irlandaise. Cette décision lui vaudra un mépris durable de Churchill. Néanmoins, à l'issue de la guerre, la neutralité irlandaise est largement vue comme un succès — préservation de la souveraineté nationale, pas d'occupation, pas de mort de masse de civils irlandais. De Valera reste politiquement dominant jusqu'aux années 1970, meurt en 1975.









