Maurras et la drôle de guerre
, 71 ans, est le théoricien de l'Action française depuis 1899 — monarchiste, nationaliste, antisémite, anti-allemand traditionnel. Son journal L'Action française est l'un des plus influents quotidiens d'opinion de la droite radicale française. Au 3 septembre 1939, Maurras et son équipe (, , ) doivent décider de leur ligne éditoriale face à la guerre.
Position de Maurras avant 1939 : anti-allemand viscéral (revanche de 1870-71, anti-protestant culturel), pro-italien (Mussolini est considéré comme contre-modèle à imiter), anti-soviétique radical, antisémite militant. La guerre franco-britannique contre l'Allemagne devrait théoriquement aligner Maurras sur le gouvernement Daladier. Mais Maurras déteste tout autant : la République parlementaire (qu'il considère comme dégénérée) ; les socialistes et communistes (qu'il accuse de bellicisme cynique) ; les juifs réfugiés d'Allemagne (qu'il accuse d'avoir poussé à la guerre).
Pendant la drôle de guerre, Maurras est tiraillé : soutenir sans réserve l'effort de guerre national, ou continuer à dénoncer la République et le gouvernement Daladier qu'il abhorre ? La dissolution du PCF, qu'il réclamait, vient d'être prononcée.
Maurras doit définir l'angle d'attaque éditorial pour les mois à venir.
Quelle ligne Maurras adopte-t-il vis-à-vis du gouvernement français ?
Maurras applique B. Ses éditoriaux de septembre 1939 à mai 1940 oscillent entre soutien à l'armée et attaques sur le gouvernement. Les thèmes : « la cinquième colonne » (juifs, communistes, francs-maçons accusés de conspirer pour la défaite), « décadence républicaine » (parlementarisme accusé d'inefficacité), « Front populaire encore en bouche » (revanche sur 1936). Le 17 juin 1940, Maurras salue l'arrivée de Pétain au pouvoir comme « la divine surprise » — formule qui restera attachée à son nom. Sous Vichy, il devient l'un des idéologues du régime, soutient le statut des Juifs d'octobre 1940, plaide pour la Révolution nationale. À la Libération en septembre 1944, il est arrêté, jugé à Lyon en janvier 1945 pour « intelligence avec l'ennemi », condamné à la prison à vie. À l'énoncé du verdict : « C'est la revanche de Dreyfus ! » Réclusion à Clairvaux. Gracié pour raisons de santé en 1952, meurt 6 mois plus tard à 84 ans. Sa trajectoire pendant la drôle de guerre incarne l'aveuglement idéologique d'une partie de l'intelligentsia française.









