Daladier — la défection de Thorez
, 55 ans, est président du Conseil français depuis avril 1938 et ministre de la Défense nationale. Le Parti communiste français (PCF) compte 320 000 membres en 1938, 72 députés à la Chambre, et contrôle plusieurs grandes municipalités (notamment la "ceinture rouge" parisienne). Son secrétaire général est l'une des figures politiques majeures du Front populaire de 1936.
Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 plonge le PCF dans une crise existentielle. Il a soutenu jusqu'à cette date la politique antifasciste. Le 25 août, le journal L'Humanité publie un communiqué : il faut « combattre les fascistes et défendre la République ». Mais le 30 août, sur instruction directe de la Komintern, le PCF inverse sa ligne : la guerre franco-britannique contre l'Allemagne est « impérialiste », refus du soutien à la défense nationale.
Le 4 septembre, le ministre de l'Intérieur ordonne la saisie de L'Humanité et de Ce Soir. Le 8 septembre, plusieurs syndicalistes communistes (CGTU) sont arrêtés. Le 25 septembre, à Bruxelles, déserte son régiment (le à Saint-Nicolas) et se réfugie en URSS via la Belgique. Daladier est confronté à une situation politique inédite : un parti légal majeur défie ouvertement l'effort de guerre national.
Que faire face au PCF dans les 48 heures qui suivent la désertion de Thorez ?
Daladier choisit A. Le 26 septembre 1939, par décret-loi, le Parti communiste français est dissous administrativement. Tous les biens du parti et des organisations affiliées (CGT-U, Secours rouge international, journaux L'Humanité, Ce Soir, Regards) sont saisis. Les municipalités communistes sont placées sous administration préfectorale. Du 8 octobre 1939 au 5 avril 1940, 44 députés communistes sont arrêtés et déférés au procès dit « procès des Quarante » devant le tribunal militaire de Paris (avril 1940) : peines de 2 à 5 ans de prison. Thorez est jugé par contumace et condamné à mort pour désertion (peine commuée en 1947). Pendant l'Occupation, le PCF clandestin combat dans la Résistance à partir de juin 1941 (après l'attaque allemande contre l'URSS) — mais les communistes individuels combattent dès 1940 (, ). La décision de Daladier reste politiquement contestée : elle prive l'effort de guerre d'un soutien populaire substantiel, et prépare la lutte des structures clandestines qui domineront la Résistance d'après 1941. Daladier lui-même chute au Conseil en mars 1940, sera arrêté par Vichy en septembre 1940 (procès de Riom 1942), déporté à Buchenwald et Dachau. Survit, rentre en politique d'après-guerre.









