Un douanier de Dantzig le jour de l'annexion
Le 1er septembre 1939, dès les premiers coups de canon du Schleswig-Holstein sur la Westerplatte, le Sénat nazi de la Ville libre proclame le rattachement immédiat de Dantzig au Reich. La police et l'administration, déjà sous contrôle national-socialiste depuis des mois, appliquent sur-le-champ les lois allemandes. La communauté juive, qui comptait plus de 10 000 âmes en 1929, a organisé elle-même son émigration depuis le début de l'année : transports vers la Palestine dès mars 1939, Kindertransport d'environ 124 enfants vers l'Ouest. Il ne reste guère que 1 600 Juifs, en majorité âgés et démunis.
Un fonctionnaire des douanes du port voit se présenter quelques-uns de ces derniers, espérant encore un passeport en règle, un visa, une place sur un navire. Les ordres sont désormais sans ambiguïté : signaler, contrôler, retenir.
Le douanier dispose d'une marge étroite. Appliquer la consigne à la lettre, fermer les yeux sur un papier irrégulier, ou se borner à une obéissance routinière qui ne précipite rien.
Face aux derniers Juifs cherchant à quitter le port, que fait le douanier ?
L'annexion étant immédiate et l'appareil administratif déjà nazifié, l'écrasante majorité des fonctionnaires dantzigois appliquèrent les consignes du Reich. Aucune filière d'évasion maritime organisée par des douaniers complices n'est documentée ce jour-là : les départs légaux avaient eu lieu les mois précédents. Les quelque 1 200 Juifs encore présents furent peu à peu spoliés puis déportés ; au début de 1941 la communauté avait été vidée, ses membres acheminés vers Theresienstadt, le Wartheland et Auschwitz. Le camp de Stutthof, ouvert dès le 2 septembre 1939 près de la ville, servit d'abord à interner l'élite polonaise et les opposants. Le geste individuel de clémence relevait de l'exception isolée, non d'un réseau.









