AB Aktion — la planification du Wawel
L'Intelligenzaktion — exécution des élites polonaises — entre septembre et décembre 1939 cause 60 000-100 000 morts dans les territoires annexés au Reich (Wartheland, Danzig-Westpreußen, Haute-Silésie). Mais dans le Generalgouvernement (capitale Cracovie, sous ), Wehrmacht et fonctionnaires civils résistent en partie aux exécutions massives : le général (commandant militaire de la Pologne occupée) rédige le 6 octobre 1939 un premier mémorandum critique sur les "méthodes contraires aux intérêts du Reich" — méthodes qui "déshonorent l'armée allemande".
Frank, malgré son alignement personnel sur la doctrine raciste, doit composer. Au lendemain de l'installation du Generalgouvernement (26 octobre 1939), il convoque à Wawel le SS-Brigadeführer (chef de la Sipo et du SD pour le Generalgouvernement). Question stratégique : faut-il systématiser l'élimination des élites polonaises survivantes du Generalgouvernement ?
Streckenbach présente un plan : Außerordentliche Befriedungsaktion ("Action de pacification extraordinaire" — abréviation AB Aktion). Cible : éliminer 20 000-30 000 Polonais identifiés comme leaders potentiels de résistance — universitaires, prêtres, journalistes, fonctionnaires, officiers de réserve, étudiants ; cible secondaire, les patriciens juifs (rabbins, médecins, juristes). L'action se veut coordonnée à l'échelle du Generalgouvernement et non régionale. Reste à fixer son articulation avec la politique d'occupation : opération clandestine et indocumentée, mesure administrative diluée sur l'année, ou frappe concentrée calée sur un moment opportun du calendrier militaire.
Quelle articulation entre AB Aktion et politique générale d'occupation faut-il adopter ?
Frank et Streckenbach choisissent B. L'AB Aktion est planifiée pendant novembre-décembre 1939, listes établies en janvier-février 1940, déclenchement le 30 mai 1940 — exactement deux jours après le début de Fall Gelb à l'Ouest, ce qui permet d'éclipser médiatiquement l'opération. 6 500 à 7 000 Polonais sont exécutés entre fin mai et juillet 1940. Sites principaux : forêts de Palmiry près de Varsovie (1 700 morts entre juin et juillet 1940, dont — ancien président du Sejm —, — champion olympique 10 000m Los Angeles 1932 —, — leader PPS), Stary Olesko (Galicie orientale), forêts de Mazovie. La presse mondiale, accaparée par la chute de la France, ne s'en émeut pas. Streckenbach reste fonctionnaire du Generalgouvernement jusqu'en 1941, puis passe à l'organisation des en URSS. Il survit à la guerre, condamné par les Soviétiques à 25 ans (libéré 1955), meurt à Hambourg en 1977. Frank est jugé à Nuremberg, condamné, pendu en 1946. L'AB Aktion complète l'Intelligenzaktion : ensemble, ces opérations éliminent environ 100 000 Polonais des élites en 1939-1940 — saignée démographique dont la Pologne ne se relèvera pas entièrement.









