Gleiwitz — Naujocks à l'émetteur
Au 22 août 1939, à l'Obersalzberg, Hitler informe ses chefs militaires : « Le motif déclencheur de la guerre sera donné par mes services. Que ce motif soit crédible importe peu — le vainqueur ne sera pas interrogé sur sa vérité. » L'opération de provocation sous fausse bannière polonaise est confiée à (SD) et coordonnée par (Gestapo).
Le plan, dit « Opération Himmler », prévoit plusieurs incidents simulés à la frontière germano-polonaise pendant la nuit du 31 août au 1er septembre. Pivot principal : l'émetteur radio de Gleiwitz (Sender Gleiwitz) en Haute-Silésie. Il s'agit de s'emparer de la station, de mettre en scène une attaque polonaise et de laisser des « preuves » — les « Konserven », code nazi désignant des prisonniers de Sachsenhausen exécutés et déguisés post mortem en uniformes polonais.
Le commando est commandé par le SS-Sturmbannführer , 28 ans, opérationnel du SD-Amt VI (renseignement extérieur) ; six hommes l'accompagnent. Sur place, un prisonnier polonais réel, , sympathisant nationaliste arrêté la veille, est drogué et déposé pour servir de « victime polonaise des combats ». Reste à décider du tempo de l'opération : action prolongée pour multiplier les indices, exécution rapide avant toute intervention, ou renoncement si les conditions techniques ne garantissent pas une diffusion convaincante ?
Comment exécuter la prise de l'émetteur pour maximiser l'effet de propagande ?
Naujocks opte pour une action courte et brutale (une quinzaine de minutes), enregistrant le faux appel puis se repliant avant toute intervention. Le 31 août à 20h00, son commando neutralise les opérateurs allemands de l'émetteur de Gleiwitz. Naujocks tente de diffuser un message en polonais à 20h11 — mais le micro principal était relié à une diffusion locale et non à la chaîne du Reich, donc l'appel n'atteint que les auditeurs locaux : « Uwaga! Tu Gliwice. Radiostacja znajduje się w polskich rękach » (« Attention ! Ici Gliwice. La station est entre les mains des Polonais »). Le corps de Honiok est laissé devant l'émetteur. Naujocks et son commando se replient à 20h25. À 21h00, la propagande nazie (Goebbels) diffuse l'incident dans toute l'Allemagne et à l'étranger comme « attaque polonaise contre territoire allemand ». Hitler y fait référence dans son discours au Reichstag du 1er septembre à 10h00 annonçant l'invasion : « Depuis 04h45, nous répondons aux tirs. » L'incident de Gleiwitz est révélé après-guerre, principalement par les confessions de Naujocks au procès de Nuremberg le 20 novembre 1945 (témoignage filmé), puis dans son livre posthume Was geschah wirklich? (1960). Naujocks survit, déserte les SS en 1944, est emprisonné par les Britanniques, puis libéré et meurt à Hambourg en 1966. Gleiwitz devient l'archétype de la fausse provocation, étudié dans toutes les écoles militaires occidentales. La ville devient polonaise en 1945 (Gliwice).









