Persuadé que la guerre s'accompagnera de bombardements massifs sur les villes, le gouvernement britannique a préparé de longue date l'évacuation des populations vulnérables. Le 31 août 1939, à la veille de l'invasion de la Pologne, l'ordre est donné de lancer l'opération « Pied Piper » : dès le lendemain, des trains emmèneront vers les campagnes les enfants des grandes villes, accompagnés d'enseignants, de mères de jeunes enfants et de personnes fragiles.
Pour les familles urbaines, c'est une décision déchirante qui se présente en quelques heures. Confier son enfant à l'évacuation, c'est l'éloigner du danger des bombes, mais le séparer du foyer et le confier à des hôtes inconnus, à la campagne.
Vous incarnez une famille londonienne. Faut-il inscrire votre enfant à l'évacuation officielle et le laisser partir vers un village lointain, chez des étrangers, pour le mettre à l'abri ? Le garder auprès de vous en ville, en pariant que les bombardements tarderont ou n'auront pas lieu ? Ou tenter de l'envoyer chez des parents à la campagne, hors du dispositif officiel ? Le choix engage la sécurité de l'enfant et l'unité de la famille.
Notre famille doit-elle envoyer son enfant à l'évacuation officielle, le garder en ville, ou l'envoyer chez des proches ?
Beaucoup de familles choisissent A : dans les tout premiers jours de septembre 1939, l'opération « Pied Piper » évacue en quelques jours environ un million et demi de personnes — surtout des enfants — des villes vers les campagnes britanniques. La séparation est rude, l'organisation parfois chaotique, et l'accueil inégal. Faute de bombardements pendant la « drôle de guerre », une partie des enfants reviendra chez eux dans les mois suivants — avant d'être à nouveau évacués lors du Blitz de 1940. L'évacuation de 1939, l'un des plus vastes déplacements organisés de l'histoire britannique, marque durablement toute une génération et brasse les classes sociales du pays.









