Churchill devant les Communes — 4 juin
, Premier ministre depuis le 10 mai, doit s'adresser le 4 juin à la Chambre des communes. L'opération Dynamo s'achève le matin même : 338 226 hommes ramenés de Dunkerque. Le discours doit accomplir trois choses délicates à la fois — annoncer le succès de l'évacuation sans laisser croire à une victoire, préparer l'opinion à l'effondrement imminent de la France, et tenir la ligne arrêtée fin mai au sein du Cabinet de guerre : pas de négociation avec Hitler.
Churchill sait que d'autres oreilles écoutent. Roosevelt lui a fait savoir en privé qu'il le soutiendrait « by all means short of war ». Au sein même de son gouvernement, Lord Halifax, partisan d'explorer une médiation, demeure Foreign Secretary ; la cohésion du Cabinet reste fragile.
Le Premier ministre a travaillé son texte. La question n'est pas s'il faut parler vrai sur la débâcle — il le fera — mais sur quoi faire reposer la péroraison : l'honneur dû à la France, la détermination de l'Empire, ou un appel direct au Nouveau Monde.
Sur quelle note Churchill doit-il conclure son discours du 4 juin ?
Churchill choisit B. La péroraison — « we shall fight on the beaches (…) we shall never surrender », prolongée par l'espérance que « the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue » — est prononcée le 4 juin 1940. Le passage final, en apparence tourné vers l'Empire, est en réalité un appel codé à l'Amérique. Le discours, d'environ trente-six minutes, n'est pas radiodiffusé ce jour-là (un acteur en lira une version plus tard) mais sa transcription marque durablement l'opinion. Il scelle le refus britannique de toute négociation et fixe le cadre moral de la résistance pour les mois du Blitz à venir.









