Quisling à Berlin — face à Rosenberg
, 52 ans, est un personnage politique norvégien complexe. Officier de l'armée norvégienne, attaché militaire à Petrograd 1918-1921, secrétaire de pour le rapatriement des réfugiés russes 1922-1929. Ministre de la Défense 1931-1933 dans le gouvernement agraire de . Il quitte en 1933 pour fonder son propre parti : le Nasjonal Samling (NS, "Rassemblement national") — formation fasciste norvégienne, sur le modèle nazi mais à coloration luthérienne et anti-soviétique.
À la veille de la guerre, Quisling est marginal : son parti compte environ 3 000 membres, 0 % aux élections de 1933 et 1,8 % en 1936. Il publie en 1938 des thèses sur la nécessité d'une alliance norvégo-allemande contre la "menace soviétique". Il s'autoproclame représentant légitime de l'opinion norvégienne, contre le gouvernement Nygaardsvold qu'il considère "infiltré par les marxistes juifs".
En décembre 1939, Quisling se rend à Berlin sur invitation d', idéologue nazi et chef de l'Aussenpolitisches Amt der NSDAP (Bureau de politique étrangère du Parti). Du 11 au 14 décembre, série de rencontres : Rosenberg, puis , puis l'amiral (commandant en chef de la Kriegsmarine), enfin Hitler en personne le 14 décembre au soir.
Mission de Quisling : convaincre Berlin d'intervenir militairement en Norvège — soit en aidant un coup d'État de son parti, soit en occupant le pays préventivement contre une supposée "intervention britannique" (qui n'est en réalité pas planifiée à ce moment). Le 14 décembre, Quisling soumet à Hitler un plan détaillé : il prendrait le pouvoir à Oslo par un coup militaire interne le 15 février 1940, l'Allemagne enverrait alors des "troupes d'assistance" pour stabiliser le régime.
Comment Hitler doit-il réagir aux propositions de Quisling ?
Hitler choisit B. Il refuse la version Quisling (jugée trop incertaine, trop dépendante des aléas politiques internes norvégiens) mais ordonne à Raeder et au OKW d'élaborer une opération militaire allemande complète. Le 27 janvier 1940, Hitler signe la directive Studie Nord ordonnant la préparation de l'opération Weserübung (invasion du Danemark et de la Norvège). Quisling est tenu informé, reçoit environ 200 000 Reichsmarks pour financer son parti et un appartement secret à Berlin, mais ne joue aucun rôle opérationnel dans le déclenchement. Le 9 avril 1940 à 04h15, l'opération Weserübung commence. Quisling s'autoproclame Premier ministre à Radio Oslo à 19h32 le 9 avril, sans accord allemand préalable. Le commandement militaire allemand est embarrassé : Quisling est impopulaire en Norvège, son auto-proclamation complique les négociations avec le gouvernement Nygaardsvold. Hitler le remplace par comme Reichskommissar le 24 avril 1940. Quisling reprend le pouvoir formel le 1er février 1942 comme "Ministerpräsident" sous tutelle allemande. Son nom devient synonyme de collaborateur national dans le monde — verbe "quisling" intégré aux dictionnaires anglais dès 1944. Capturé en mai 1945, jugé en Norvège, fusillé le 24 octobre 1945 à la forteresse d'Akershus à Oslo. La proportion de Norvégiens condamnés après-guerre pour collaboration (50 000 condamnations, 25 fusillés) reste l'une des plus élevées d'Europe — mesure de l'identification populaire avec la résistance contre le NS.









