Le héros de Verdun rappelé de Madrid
Le maréchal , 84 ans, vainqueur de Verdun en 1916, est depuis mars 1939 le premier ambassadeur de France auprès de l'Espagne de Franco, à Madrid. Figure tutélaire de l'armée, ancien ministre de la Guerre en 1934, il jouit dans l'opinion d'un prestige presque intact, que ni l'âge ni l'exil diplomatique n'ont entamé.
Le 17 mai 1940, Paul Reynaud, président du Conseil, l'appelle d'urgence. La percée de Sedan menace l'existence même de l'armée française, et Reynaud cherche à donner à son gouvernement une caution morale incontestable en y faisant entrer le Maréchal. Une offre lui est transmise : entrer au cabinet comme vice-président du Conseil.
Mais Pétain n'aborde pas l'offre neutre. Depuis 1939, il juge la guerre perdable et n'a jamais caché son scepticisme. Avant de quitter l'Espagne, il a recueilli des indices que Franco pourrait, le cas échéant, offrir ses bons offices pour une médiation. Le Maréchal pèse la proposition de Reynaud : un poste prestigieux dans un gouvernement qu'il n'approuve pas entièrement, au moment où tout vacille.
Pétain doit-il entrer dans le gouvernement Reynaud aux abois ?
Pétain accepte. Le 18 mai 1940, il entre dans le gouvernement Reynaud comme vice-président du Conseil ; sa présence apporte au cabinet la caution du plus prestigieux des soldats français. Mais sa conviction personnelle ne varie pas : il faut un armistice. Le 12 juin, en Conseil, il plaide que la France doit cesser le combat. Le 16 juin, Reynaud démissionne ; le 17, Pétain devient président du Conseil et demande aussitôt l'armistice aux Allemands, signé le 22 juin à Rethondes. Le 10 juillet, il obtient les pleins pouvoirs et fonde l'État français à Vichy. À la Libération, il est jugé en Haute Cour et condamné à mort en 1945 ; , son ancien protégé, commue la peine en détention perpétuelle. Il meurt à l'île d'Yeu en 1951, à 95 ans. Son entrée au gouvernement le 18 mai 1940 est le premier pas du chemin qui le mènera de Verdun à Vichy.









