Daladier prié de quitter la Guerre
, 56 ans, radical-socialiste, trois fois président du Conseil et signataire des accords de Munich en 1938, occupe le ministère de la Défense nationale et de la Guerre à l’Hôtel de Brienne. Quand Paul Reynaud lui a succédé à la présidence du Conseil le 21 mars 1940, Daladier a conservé ce portefeuille militaire, qui fait de lui le protecteur politique du généralissime Gamelin, son proche.
Or Reynaud et Daladier se supportent mal. Le président du Conseil tient Daladier pour co-responsable de la passivité du commandement, et veut reprendre la main sur la conduite de la guerre. Le 18 mai 1940, alors que Sedan est enfoncé et que les Panzers foncent vers la Manche, Reynaud remanie son cabinet : il annonce qu’il prend lui-même la Défense nationale et la Guerre, et propose à Daladier le ministère des Affaires étrangères.
Daladier vit l’échange comme une rétrogradation et une manœuvre dirigée à la fois contre lui et contre Gamelin. Il a quelques heures pour répondre à Reynaud : rester au gouvernement à un poste diminué, claquer la porte, ou résister.
Daladier doit-il accepter d’être déplacé hors du ministère de la Guerre ?
Daladier applique A. Il accepte les Affaires étrangères par discipline républicaine et par crainte d’ajouter une crise politique à la crise militaire, tout en gardant rancune à Reynaud. Le portefeuille de la Guerre passe donc à Reynaud le jour même, à la veille du remplacement de Gamelin par Weygand. Daladier reste aux Affaires étrangères jusqu’à la chute du gouvernement le 16 juin. Le 21 juin, il embarque de force sur le paquebot Massilia à Bordeaux, censé gagner l’Afrique du Nord pour y poursuivre la lutte ; Vichy l’arrête à Casablanca. Accusé au procès de Riom en 1942, il y tient tête au régime, puis est livré aux Allemands et déporté à Buchenwald, enfin au château d’Itter (Tyrol). Libéré en 1945, il retrouve un siège de député sous la IVe République et meurt en 1970. Sa sortie du ministère de la Guerre scelle l’éclipse du tandem Daladier-Gamelin qui avait dirigé l’armée française.









