Mölders au-dessus des colonnes — 18 mai
, 27 ans, commande depuis l’automne 1939 la « Pik As », un groupe de chasse équipé de Bf 109. Vétéran de la en Espagne, où il a mis au point la formation en Schwarm (la « patrouille à quatre » adoptée par toutes les aviations), il est l’un des tacticiens de chasse les plus respectés de la Luftwaffe et compte déjà une longue série de victoires aériennes en mai 1940.
Depuis le 10 mai, la percée allemande déferle vers l’ouest. Les chasseurs allemands pratiquent la Freie Jagd, la « chasse libre » : ils balaient le ciel à la recherche des appareils alliés, mais peuvent aussi piquer sur les objectifs d’opportunité au sol. Or les routes du nord de la France sont saturées. S’y mêlent colonnes militaires alliées en retraite et interminables files de réfugiés civils, souvent impossibles à distinguer d’altitude.
Ce 18 mai, au-dessus de la région de Saint-Quentin, le groupe de Mölders repère une longue colonne sur une route droite. Rien n’indique avec certitude s’il s’agit de troupes, de civils, ou des deux entremêlés. Le chef de groupe doit décider de ce que ses chasseurs vont faire de cette cible.
Faut-il mitrailler une colonne dont on ne distingue pas si elle est militaire ou civile ?
Dans la pratique de la campagne, l’option A l’emporte le plus souvent : les chasseurs et bombardiers en piqué allemands attaquent largement les axes routiers, et le mitraillage des colonnes mêlant soldats et réfugiés est abondamment attesté. Mölders, lui, poursuit surtout des chasseurs : promu Hauptmann le 27 mai 1940 après sa vingtième victoire homologuée, il reçoit la croix de chevalier et devient une figure de propagande. Catholique pratiquant, il laissera la réputation d’un officier soucieux de certaines limites, sans que cela exonère l’arme aérienne de son rôle dans les attaques contre les civils. Sa mémoire est âprement débattue en Allemagne : longtemps érigé en héros tutélaire de la chasse, il fait depuis les années 2000 l’objet de controverses sur le sens à donner à son nom dans les traditions militaires. Le mitraillage des routes de 1940 n’a jamais donné lieu à des poursuites.









