Pierlot à Limoges — d’où continuer ?
, 56 ans, catholique et juriste, est Premier ministre de Belgique depuis 1939. Quand la Wehrmacht envahit le pays le 10 mai 1940, son gouvernement décide de ne pas rester sous l’occupation : c’est la leçon de 1914, lorsque les ministres belges avaient gagné Sainte-Adresse, près du Havre, pour continuer la guerre depuis le sol allié.
Pierlot et une douzaine de ministres quittent Bruxelles le 16 mai, , socialiste et ministre des Affaires étrangères, à leurs côtés. Le 17 mai, ils s’installent à Limoges, en France. Mais la machine d’État belge est dispersée, les fonctionnaires et les archives ont été jetés sur les routes, et l’armée recule sans relâche en Flandre. Le roi , qui commande cette armée en personne, est resté au pays : un désaccord lourd de conséquences couve déjà entre la Couronne et ses ministres sur le point de savoir qui, du roi-soldat ou du gouvernement, incarne la légitimité de la nation.
À Limoges, le gouvernement n’est plus qu’une poignée d’hommes sur une terre étrangère, dépendants de l’allié français dont la propre situation militaire se dégrade d’heure en heure. Pierlot doit décider d’où, et comment, l’État belge continuera la lutte.
Depuis Limoges, où le gouvernement belge doit-il porter la continuation de la guerre ?
Pierlot s’oriente vers A, mais le chemin est tortueux. Sous la pression française, le gouvernement réuni à Limoges désavoue publiquement la capitulation séparée du roi, consommant la rupture entre et ses ministres. Puis l’effondrement de la France piège les Belges sur place ; un moment tentés de composer, Pierlot et Spaak choisissent finalement de rejoindre Londres. Le voyage, par l’Espagne franquiste et le Portugal, est long et périlleux — ils manquent d’être bloqués — et ils n’atteignent la capitale britannique qu’en octobre 1940. Le gouvernement belge en exil y est reconnu et conduit l’effort de guerre national jusqu’à la Libération. Pierlot rentre en Belgique en 1944, affronte la crise dite de la « Question royale », puis se retire de la vie politique en 1945. Sa fermeté de 1940 a préservé une légitimité belge dans le camp allié.









