Mérignac — de Gaulle et l'avion de Spears
Au matin du 17 juin 1940, n'est plus rien d'officiel : Reynaud a démissionné la veille à 23h, et avec lui s'est dissous le gouvernement dont de Gaulle était sous-secrétaire d'État. Pétain est désormais au pouvoir et s'apprête à demander l'armistice. De Gaulle, officier d'active qui a ouvertement critiqué cette voie, sait qu'il peut être arrêté.
Le général britannique , officier de liaison auprès de Reynaud, lui propose une issue : un avion l'attend à l'aérodrome de Mérignac, à une demi-heure de Bordeaux. De Gaulle dispose de quelques heures pour choisir.
Les options sont nettes et lourdes : rester en France et se soumettre à la légalité du nouveau régime ; tenter de gagner l'Afrique du Nord avec des parlementaires pour y continuer la guerre ; ou partir pour l'étranger, sans mandat ni troupes. La veille, Reynaud lui a fait remettre cent mille francs de fonds secrets pour amorcer une action. Un départ clandestin serait un saut dans l'inconnu qui ferait de lui un rebelle aux yeux de l'État français.
Que doit faire de Gaulle au matin du 17 juin ?
De Gaulle choisit B. Vers 09h30, il monte à bord du De Havilland Flamingo de Spears à Mérignac, avec son aide de camp , et décolle pour l'Angleterre ; l'appareil se pose à Heston, près de Londres, dans la journée. Spears écrira l'avoir vu en homme « qui sait qu'il vient de franchir le Rubicon ». Le lendemain 18 juin, de Gaulle lance son Appel sur la BBC. Ce départ clandestin, sans mandat, fonde la France Libre ; il vaudra à de Gaulle une condamnation à mort par contumace prononcée par un tribunal militaire de Vichy en août 1940. De Courcel restera l'un de ses fidèles, futur secrétaire général de la présidence.









