Les lois de neutralité américaines, votées dans les années 1930, interdisent la vente d'armes à tout belligérant. Pour le président Roosevelt, c'est une entrave : en cas de guerre européenne, cet embargo frapperait surtout les démocraties — France et Royaume-Uni — qui, maîtresses des mers, pourraient sinon acheter du matériel américain et le transporter elles-mêmes.
Roosevelt veut donc faire réviser la loi pour autoriser la vente d'armes selon la formule « cash and carry » : payer comptant et emporter soi-même. Mais le Congrès est dominé par un puissant courant isolationniste, déterminé à tenir l'Amérique à l'écart des querelles européennes.
À l'été 1939, le président doit choisir sa tactique. Pousser de toutes ses forces pour obtenir la révision avant les vacances parlementaires, au risque d'un échec public et humiliant ? Temporiser et attendre une session ultérieure, plus favorable ? Ou renoncer pour ménager l'opinion isolationniste et son propre capital politique ? L'enjeu dépasse la procédure : il s'agit de savoir si les démocraties pourront compter sur l'arsenal américain.
Roosevelt doit-il forcer dès maintenant la révision de l'embargo sur les armes, au risque d'un revers public ?
Roosevelt tente A mais échoue : en juillet 1939, il réunit des sénateurs à la Maison-Blanche pour les convaincre, en vain. Le sénateur isolationniste Borah affirme qu'il n'y aura pas de guerre, et la commission des Affaires étrangères du Sénat refuse de lever l'embargo avant l'ajournement. Le président doit s'incliner. Ce n'est qu'après l'invasion de la Pologne, lors d'une session extraordinaire en novembre 1939, que le Congrès acceptera enfin le « cash and carry », ouvrant aux Alliés l'accès aux armes américaines. Le revers de juillet illustre la force de l'isolationnisme à la veille de la guerre. Roosevelt retiendra la leçon et préparera plus méthodiquement l'opinion à un soutien accru aux démocraties.









