La visite royale de George VI
Au printemps 1939, le Royaume-Uni cherche désespérément des appuis face à l'Allemagne. Mais l'opinion américaine reste profondément isolationniste, et les lois de neutralité interdisent à Washington de s'engager. Le président Roosevelt, conscient du danger, voudrait rapprocher son pays des démocraties sans heurter de front le Congrès.
Une idée mûrit : une visite officielle du roi et de la reine Elizabeth au Canada, puis aux États-Unis — la première d'un souverain britannique régnant en Amérique du Nord. L'objectif est de séduire l'opinion américaine et de tisser un lien personnel avec Roosevelt.
L'entreprise comporte des risques. Faire voyager le couple royal à l'autre bout du monde alors que la guerre menace en Europe peut paraître inconvenant, voire imprudent ; un échec d'image, ou un accueil tiède, nuirait au prestige de la Couronne ; et une démarche trop voyante pourrait braquer les isolationnistes américains. Le gouvernement et le Palais doivent décider s'ils maintiennent la tournée et jusqu'où pousser le rapprochement avec la Maison-Blanche.
Faut-il maintenir la visite royale en Amérique du Nord pour courtiser l'opinion américaine, malgré la crise européenne ?
Londres choisit A : la tournée se déroule du 17 mai au 15 juin 1939, triomphale au Canada puis aux États-Unis. Roosevelt reçoit le couple royal à Washington puis, de façon décontractée, dans sa propriété de Hyde Park, où un pique-nique de hot-dogs entre dans la légende. Au-delà du faste, le séjour établit une relation personnelle de confiance entre le roi et le président, et contribue à réchauffer l'opinion américaine envers le Royaume-Uni. Ce capital de sympathie comptera lorsque, l'année suivante, Londres sollicitera l'aide matérielle des États-Unis. La presse américaine, d'abord sceptique, réserve finalement au couple royal un accueil chaleureux qui marque l'opinion publique.









