La côte ouest sous tension — Roosevelt et l'EO 9066
Franklin D. Roosevelt gouverne un pays traumatisé : 10 semaines après Pearl Harbor, la peur de l'invasion hante la côte ouest. Le général **John DeWitt**, commandant la Défense occidentale, martèle que toute personne d'ascendance japonaise représente un risque de **sabotage** ou d'espionnage, et réclame une évacuation en masse. Gouverneurs, parlementaires et une presse déchaînée amplifient la pression. Environ 120 000 personnes d'origine japonaise vivent sur ces rivages — les deux tiers sont des citoyens américains nés sur le sol national, les *Nisei* — mais la distinction entre citoyens et étrangers s'efface dans la demande politique.
En coulisses, le tableau est plus nuancé. J. Edgar Hoover estime que son FBI a déjà neutralisé les individus réellement dangereux ; plusieurs conseillers juridiques soulèvent des doutes sur la constitutionnalité d'un déplacement de masse fondé sur l'ascendance. Le secrétaire à la Guerre Henry Stimson hésite, notant que la mesure serait « odieuse aux principes » du pays.
Roosevelt doit arbitrer entre des impératifs contradictoires : signer l'**Executive Order 9066**, qui ouvrirait l'exclusion et l'internement forcé de dizaines de milliers de civils, citoyens ou non, sans inculpation ni procès ; refuser ce décret et s'en tenir à des arrestations ciblées sur les seuls suspects avérés ; ou se limiter à un couvre-feu strict et à un enregistrement obligatoire des ressortissants ennemis. Trois logiques s'affrontent : la peur collective, le droit constitutionnel et la pression politique.
Washington, 19 février 1942, président des États-Unis : comment répondre à la pression pour éloigner les Américains d'origine japonaise de la côte ouest ?
Roosevelt signe l'Executive Order 9066 le 19 février 1942. En quelques mois, quelque 120 000 personnes d'ascendance japonaise — dont les deux tiers sont citoyens américains — sont contraintes de quitter leurs foyers et internées dans des camps gérés par la *War Relocation Authority* jusqu'en 1945. La Cour suprême valide la mesure en 1944 (*Korematsu v. United States*), arrêt plus tard reconnu comme erroné. En 1988, le **Civil Liberties Act** offre des excuses officielles du gouvernement américain et une indemnisation de 20 000 $ à chaque survivant.
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