Un pétrolier seul au large du cap Hatteras
Un capitaine de pétrolier de la charge sa cargaison dans un port du golfe du Mexique pour la remonter vers les raffineries et les ports du Nord-Est. Sa route le fait passer au large de la Caroline du Nord, par le , un goulet où les courants rapprochent les navires de la côte et où les fonds remontent brutalement. Depuis des semaines, la rumeur court parmi les équipages : là-haut, les bâtiments disparaissent.
Depuis janvier 1942, les sous-marins allemands lancés dans l'opération opèrent en quasi-liberté le long de la côte est des États-Unis. La marine américaine n'a organisé ni convois ni escortes systématiques pour le trafic côtier, et les villes du littoral restent éclairées la nuit : leurs lumières dessinent en contre-jour la silhouette des navires, offrant aux U-boots des cibles parfaites. Les pétroliers, lents et chargés de carburant, comptent parmi les proies les plus recherchées, et le est devenu l'un des points les plus meurtriers de tout le littoral.
Le capitaine doit décider de sa route : appareiller seul de nuit en misant sur sa vitesse pour traverser la zone dangereuse avant l'aube ; longer la côte au plus près malgré les hauts-fonds, pour réduire l'angle d'attaque des sous-marins ; ou rester à quai en attendant la mise en place d'un système de convois escortés.
Au large du cap Hatteras, février 1942, un capitaine de pétrolier américain : comment franchir une côte où les U-boots coulent les navires un à un ?
Faute de convois et d'escortes, et sous la pression des compagnies et des cadences de guerre, l'immense majorité des pétroliers continuent d'appareiller seuls le long de la côte est au début de 1942. Le black-out n'est pas imposé aux villes côtières avant plusieurs semaines, et les navires restent détachés sur leurs lumières. Le résultat est un carnage : entre janvier et juin 1942, les U-boots coulent des centaines de navires dans la zone américaine — environ 455 bâtiments, dont quantité de pétroliers irremplaçables, pour près d'un million de tonnes perdues sur les seuls mois de mai et juin. Ce n'est qu'avec la « bucket brigade » d'avril, puis l'instauration d'un système de convois côtiers interconnectés à partir de mai 1942, que les pertes chutent brutalement et que la côte est cesse d'être un terrain de chasse ouvert.
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T10-096