Le trou noir de l'Atlantique, octobre 1941
Mi-octobre 1941, le convoi SC-48 progresse péniblement vers la Grande-Bretagne, lourd cargo de vivres, de carburant et de matériel destiné à une Angleterre toujours assiégée. Parti d'Amérique du Nord, le rassemblement de marchands suit la grande route de l'Atlantique Nord, la plus vitale et la plus meurtrière de la guerre, celle dont dépend la survie même du Royaume-Uni. Le commandant d'escorte canadien sait que son convoi s'engage dans la zone la plus redoutée du parcours.
Au sud de l'Islande s'ouvre en effet le « trou noir » de l'Atlantique, vaste corridor échappant à la couverture des avions basés à terre comme à Terre-Neuve. Sans yeux dans le ciel, les escorteurs naviguent à l'aveugle, tributaires de leurs seuls sonars et de leurs vigies. Renseignements et écoutes signalent qu'une meute de U-Boote s'est rassemblée droit sur la route du convoi, tapie dans l'immensité grise. La nuit tombe, la mer se creuse, le vent forcit.
À la passerelle, le commandant scrute l'obscurité où rôdent des sous-marins qu'il ne peut voir. Des escorteurs canadiens et américains font route en renfort à travers la houle, mais ses unités demeurent peu nombreuses face à une meute dont il ignore l'effectif comme la position exacte. Chaque minute compte avant que les premières torpilles ne trouvent leur cible. Il lui faut décider sans délai de la conduite à tenir.
Face à la meute de U-Boote qui ravage le convoi dans la nuit, quelle conduite l'escorte doit-elle adopter ?
Le commandement choisit de charger les sous-marins repérés en surface, lançant ses escorteurs à l'assaut pour les forcer à plonger et écarter la meute du convoi, au prix d'une exposition redoutable dans l'obscurité. La bataille du SC-48 fut néanmoins l'une des plus coûteuses de l'automne 1941 : dès les premières heures, plusieurs navires marchands furent torpillés et envoyés par le fond, et leurs rescapés dérivèrent dans l'eau glacée ; deux escorteurs furent également perdus. Le 17 octobre, le destroyer américain USS Kearny, accouru en renfort alors que les États-Unis n'étaient pas encore belligérants, fut touché par un U-Boot ; onze marins y perdirent la vie. L'attaque contre un bâtiment de l'US Navy provoqua une vive émotion à Washington et accéléra la dérive américaine vers l'entrée en guerre, que confirmerait peu après le naufrage du destroyer Reuben James. Ces pertes illustrèrent la vulnérabilité des convois privés de couverture aérienne dans le « trou noir » et pesèrent dans la course aux escorteurs longue portée et aux groupes d'appui qui finirait par renverser la bataille de l'Atlantique.









