Baku dans le viseur — l’opération Pike
Le général , 67 ans, est le commandant en chef des forces alliées. Au printemps 1940, les état-majors cherchent un moyen d’abattre l’Allemagne sans l’affronter de front, et un point faible attire tous les regards : le pétrole.
Le Pacte germano-soviétique d’août 1939 fait de l’URSS un fournisseur clé du Reich, qui reçoit par traité commercial une partie du brut soviétique. Or plus de 90 % de l’extraction et 80 % du raffinage soviétiques se concentrent dans le Caucase, autour de Baku, Batoumi et Grozny. Dans un rapport remis le 22 février 1940, Gamelin affirme que la dépendance soviétique au pétrole caucasien est « la faiblesse fondamentale » de son économie, et qu’en couper le flux pourrait provoquer famine et effondrement.
Le projet prend le nom d’opération Pike (« le brochet ») : des bombardiers décolleraient de bases en Irak, en Turquie et en Syrie pour pulvériser les puits. Mais l’URSS n’est pas en guerre avec les Alliés. Frapper Baku, c’est risquer d’ouvrir un second front contre Staline. Faut-il préparer le raid, attendre, ou y renoncer ?
Commandant en chef, lancez-vous la préparation d’un raid sur les champs pétrolifères soviétiques ?
Gamelin et le Conseil suprême de guerre choisissent A, mais l’histoire tranche avant eux. La planification de Pike s’accélère : le 30 mars 1940, un Lockheed Model 12 Electra modifié et camouflé décolle de la base RAF d’Habbaniya, en Irak, survole la Caspienne et passe une heure dans l’espace aérien soviétique au-dessus de Baku, prenant six séries de clichés avant de rentrer. Un second vol survole Batoumi le 5 avril, essuie des tirs et s’échappe. Les plans visant Baku, Batoumi et Grozny sont prêts en avril sous le nom de « Western Air Plan 106 ». Mais l’offensive allemande du 10 mai 1940 et l’effondrement français rendent l’opération caduque. Les dossiers de Pike, capturés par la Wehrmacht, seront brandis par la propagande nazie comme preuve d’une agression alliée projetée contre l’URSS.









