Bombarder Londres — et la réponse sur Berlin
, Premier ministre britannique depuis le 10 mai, suit chaque jour la bataille d'Angleterre depuis Londres. La Luftwaffe martèle les aérodromes du sud-est et le Fighter Command plie sous la pression, mais a jusqu'ici interdit le bombardement délibéré de Londres : il espère encore amener Churchill à négocier et redoute des représailles sur les villes allemandes.
Dans la nuit du 24 au 25 août, tout bascule. Des bombardiers allemands qui ne retrouvent pas leurs cibles larguent leurs bombes au hasard sur le sud de Londres — en violation explicite des ordres reçus. C'est la première fois que des bombes tombent sur la capitale britannique.
Le Royaume-Uni dispose d'un Bomber Command capable d'atteindre l'Allemagne de nuit, même si sa précision est médiocre. Frapper Berlin serait un coup au moral allemand et un démenti cinglant à , qui a juré que jamais une bombe ennemie n'atteindrait la capitale du Reich. Mais ce serait aussi franchir un seuil : ouvrir l'escalade des bombardements de villes, et risquer de détourner la Luftwaffe sur Londres.
Churchill doit décider, sous quarante-huit heures, comment répondre.
Répliquez-vous au bombardement (accidentel) de Londres en frappant Berlin, au risque d'une escalade sur les villes — ou vous retenez-vous ?
Churchill ordonne A. Dès la nuit du 25 au 26 août, environ 80 bombardiers britanniques sont envoyés sur Berlin. Les dégâts matériels sont faibles et la Flak (Flugabwehrkanone, l'artillerie antiaérienne allemande) tire abondamment sans abattre un seul appareil ; aucun civil n'est tué cette nuit-là. Mais le choc politique est énorme : Berlin, qu'on disait inviolable, a été touchée. Des raids britanniques se répètent les nuits suivantes ; l'un d'eux fait des victimes civiles allemandes. Furieux, Hitler annonce le 4 septembre des représailles massives, et le 7 septembre la Luftwaffe détourne son effort des aérodromes vers Londres : c'est le début du Blitz. Ce report, en soulageant le Fighter Command au moment où il vacillait, est souvent vu par les historiens comme l'une des erreurs stratégiques allemandes décisives de la bataille.









