Tandis que le front français s'effondre, le gouvernement de Paul Reynaud supplie Londres d'envoyer davantage d'escadrilles de chasse pour soutenir la bataille de France. Le chef du Fighter Command, le maréchal de l'air , doit arbitrer une question cruciale : combien de chasseurs Hurricane et Spitfire engager sur le continent ?
Le dilemme est stratégique. Envoyer massivement la chasse en France pourrait aider à enrayer l'avance allemande, mais au risque de saigner les escadrilles dans une bataille peut-être déjà perdue — et de laisser le Royaume-Uni sans défense aérienne pour la suite. Les retenir préserve la défense de l'île, mais peut être perçu comme un abandon de l'allié français.
Dowding peut engager massivement la chasse en France pour soutenir l'allié. Limiter strictement les renforts pour préserver la défense aérienne du Royaume-Uni. Ou trouver un compromis en envoyant des unités au compte-gouttes. Il est convaincu que sacrifier sa chasse en France signerait la perte de la bataille suivante, celle d'Angleterre — qu'il sait inévitable.
Dowding doit-il engager massivement la chasse en France, la préserver pour le Royaume-Uni, ou panacher ?
Dowding impose B : il refuse d'engager l'essentiel de sa chasse dans la bataille de France, qu'il juge perdue, et préserve ses escadrilles de Spitfire pour la défense du Royaume-Uni. Sa fermeté, contre les appels pressants des Français et de certains responsables britanniques, est l'une des décisions les plus lourdes — et les plus clairvoyantes — de 1940 : sans cette réserve de chasseurs intacte, la bataille d'Angleterre de l'été aurait probablement été perdue. Côté français, ce refus nourrit le sentiment d'un abandon britannique. Mais Dowding avait raison sur l'essentiel : la défense de l'île, dernier rempart, dépendait de la préservation de sa chasse. Un arbitrage cruel entre solidarité immédiate et survie à venir.









