Des bombardiers vers Tokyo : un aller sans retour
La destruction de la flotte américaine à Pearl Harbor, sept semaines plus tôt, a laissé l'US Navy sur la défensive. Franklin Roosevelt exige une riposte visible : frapper le Japon même, non pour des raisons militaires décisives, mais pour redonner de l'air à un pays sous le choc et pour ébranler la certitude des Japonais que leur archipel est intouchable. C'est dans ce contexte que le capitaine , officier de l'état-major de King, soumet une proposition stupéfiante : des bombardiers moyens de l'armée de terre pourraient décoller depuis le pont d'un porte-avions, ce qu'aucun appareil de ce gabarit n'a jamais accompli. Le plan exige cependant une concession majeure — ces machines sont trop volumineuses pour réapponter. Les équipages fonceraient vers , largueraient leurs bombes, puis devraient rejoindre des terrains en Chine continentale avec des réservoirs proches du vide.
King mesure l'équation dans toute sa brutalité. Approuver le raid audacieux, c'est exposer au moins 1 porte-avions — ressource désormais irremplaçable — à moins de 1 000 kilomètres des côtes japonaises, avec 16 appareils condamnés à ne jamais revenir à bord. Opter pour des raids classiques de porte-avions contre les îles périphériques offrirait des succès moindres, plus sûrs. Renoncer à toute opération offensive éliminerait le risque mais laisserait Roosevelt sans la démonstration politique qu'il réclame.
King sait qu'aucune option n'est sans prix : un porte-avions perdu en 1942 ne pourra être remplacé avant des mois, mais laisser l'initiative entière à comporte ses propres périls. Il lui faut trancher.
Washington, 31 janvier 1942, chef des opérations navales de l'US Navy : King va-t-il approuver une opération sans précédent pour frapper le sol japonais ?
King et le général approuvent le plan et confient l'entraînement au lieutenant-colonel . Le 18 avril 1942, 16 décollent de l' et bombardent . Les dégâts matériels sont négligeables, mais l'onde de choc est profonde : humilié, le haut commandement impérial juge indispensable d'étendre son périmètre défensif et valide l'opération contre Midway — ouvrant la voie au tournant naval du Pacifique.
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