La RAF bombarde l'Allemagne
Au printemps 1940, après le bombardement allemand de Rotterdam et l'invasion des Pays-Bas et de la Belgique, le Royaume-Uni se trouve devant un seuil : doit-il porter à son tour la guerre aérienne sur le sol allemand, et selon quelle doctrine de bombardement stratégique ?
Le commandement britannique doit choisir ses cibles et sa méthode. Frapper des objectifs strictement militaires et industriels (usines, raffineries, voies ferrées, nœuds de communication, industries de la Ruhr), conformément au droit de la guerre, malgré l'imprécision des bombardements de l'époque. Élargir aux villes pour briser le moral allemand, en représailles aux bombardements de Varsovie et de Rotterdam, et bientôt des villes britanniques. Ou limiter les raids pour préserver des forces et éviter l'escalade.
L'enjeu est moral autant que stratégique : où placer la limite entre cible militaire et population civile, alors que la précision fait défaut et que la logique de représailles s'installe ? La décision prise en ce printemps 1940 fixera le point de départ d'une doctrine appelée à peser sur tout le reste du conflit.
Le Bomber Command doit-il viser les seuls objectifs militaires, élargir aux villes, ou limiter les raids ?
La RAF commence par B : à partir du 15 mai 1940, le Bomber Command vise des objectifs industriels et militaires allemands (Ruhr, raffineries, transports). Mais l'imprécision des bombardements de nuit, puis la logique d'escalade des représailles (après le Blitz sur Londres à l'automne 1940), feront progressivement glisser la doctrine vers le bombardement de zone des villes allemandes, qui culminera dans les années suivantes (Hambourg, Dresde). Le franchissement de mai 1940 ouvre ainsi l'une des dimensions les plus controversées de la guerre : la montée aux extrêmes du bombardement stratégique, où la frontière entre cible militaire et population civile s'efface peu à peu, des deux côtés. Un engrenage amorcé dès 1940.









