La RAF — chasseurs ou bombardiers
Pendant des années, la doctrine dominante de la Royal Air Force a misé sur le bombardier : face à une attaque aérienne, la meilleure défense serait une force de bombardement capable de frapper l'ennemi en représailles — la dissuasion par la terreur réciproque. Cette conviction a orienté budgets et production vers les escadrilles de bombardement.
Mais à la fin des années 1930, une autre école s'impose, portée par le Fighter Command et par des responsables soucieux de défendre d'abord le ciel britannique. Les chasseurs monoplans modernes — Hurricane, puis Spitfire — et le réseau radar rendent crédible une défense active du territoire.
À l'été 1939, l'industrie aéronautique, sous tension, ne peut tout produire à la fois. Il faut arbitrer la priorité. Concentrer l'effort sur les chasseurs et la défense du territoire, au risque d'affaiblir la capacité offensive ? Maintenir la priorité aux bombardiers, fidèle à la doctrine de dissuasion, au risque de laisser les villes mal protégées ? Ou répartir également l'effort, sans trancher ? Le choix décidera de la physionomie de la RAF au moment du choc.
La RAF doit-elle donner la priorité aux chasseurs de défense ou aux bombardiers de dissuasion ?
Le Royaume-Uni privilégie de plus en plus A : dans les derniers plans d'avant-guerre, la production de chasseurs est accélérée, les usines-relais (comme Castle Bromwich pour le Spitfire) mises en place, et la défense du territoire érigée en priorité, en lien avec le réseau radar. Le Bomber Command reste développé, mais c'est la chasse qui reçoit l'impulsion décisive. Ce choix, longtemps disputé, se révélera salutaire : en 1940, ce sont les chasseurs et le système de détection qui sauveront le pays, là où une RAF tout entière tournée vers le bombardement aurait été désarmée pour défendre son propre ciel. Le Bomber Command, sans être négligé, devra patienter avant de monter en puissance pour la guerre offensive.









