Whittle et le moteur à réaction
Depuis le début des années 1930, un jeune officier de la RAF, , défend une idée révolutionnaire : propulser un avion par un turboréacteur plutôt que par une hélice. Breveté dès 1930, il a longtemps prêché dans le désert, faute de crédits et face au scepticisme officiel. Sa petite société, Power Jets, survit difficilement.
À l'été 1939, son moteur expérimental fonctionne enfin de façon convaincante sur banc d'essai. Les démonstrations attirent l'attention de quelques responsables du ministère de l'Air, jusque-là tièdes. La question se pose alors de savoir s'il faut miser sérieusement sur cette technologie non éprouvée.
Le choix engage des ressources rares à la veille de la guerre. Financer et accélérer le projet de Whittle, commander un avion expérimental pour tester le réacteur en vol, au risque d'investir dans une impasse ? Laisser le projet à son rythme, en continuant de tout miser sur les moteurs à pistons éprouvés ? Ou abandonner faute de résultats immédiats ? L'industrie aéronautique britannique est déjà sous tension pour produire chasseurs et bombardiers classiques.
Le ministère de l'Air doit-il miser sur le turboréacteur encore non éprouvé de Whittle ?
Le ministère choisit A : convaincu par les essais de 1939, il soutient le développement du réacteur de Whittle et commande un avion expérimental pour le faire voler — ce sera le Gloster E.28/39. Le premier vol à réaction britannique aura lieu en 1941. Le développement restera plus lent que ne l'espérait Whittle, et l'Allemagne fera voler un avion à réaction avant le Royaume-Uni ; mais le pari de 1939 ouvre la voie aux moteurs qui équiperont le Gloster Meteor, seul chasseur à réaction allié engagé pendant la guerre. Une technologie de rupture née de l'obstination d'un homme longtemps ignoré.









