Khalkhin Gol — le Baïn-Tsagan
Début juillet 1939, les Japonais passent à l'offensive sur la Khalkhin Gol. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, ils franchissent la rivière au nord et s'emparent du mont Baïn-Tsagan, sur la rive ouest tenue par les Soviétiques. S'ils s'y installent et déboulent dans le dos du dispositif soviétique, c'est tout le front de Joukov qui risque de s'effondrer.
Joukov mesure le danger en quelques heures. Ses brigades blindées sont disponibles, mais l'infanterie d'accompagnement et l'artillerie sont encore loin ou en cours de regroupement. La doctrine prudente voudrait qu'il attende d'avoir réuni des forces interarmes équilibrées avant de contre-attaquer.
Mais le temps joue contre lui : chaque heure laissée aux Japonais leur permet de se retrancher sur la hauteur. Trois options se présentent. Lancer immédiatement les chars seuls à l'assaut de la colline, sans attendre l'infanterie, au prix de pertes lourdes mais pour reprendre l'initiative ? Attendre de regrouper une force interarmes complète, en laissant l'ennemi s'installer ? Ou se replier pour établir une nouvelle ligne en arrière ? La décision se prend dans l'urgence.
Joukov doit-il jeter ses chars seuls contre le Baïn-Tsagan, ou attendre d'avoir réuni une force équilibrée ?
Joukov choisit A : il lance ses brigades blindées dans une contre-attaque frontale sur le Baïn-Tsagan, sans attendre l'infanterie, acceptant des pertes élevées en chars pour ne pas laisser aux Japonais le temps de se retrancher. Le pari réussit : pris sous le choc des blindés et sous le feu de l'aviation, les Japonais sont rejetés de l'autre côté de la rivière au prix de lourdes pertes. La bataille du Baïn-Tsagan brise l'offensive japonaise sur la rive ouest et confirme le style de Joukov — audace, masse et acceptation du risque — qui culminera dans la contre-offensive d'août.









