Khalkhin Gol — le premier accrochage
La frontière entre la Mongolie, alliée de l'URSS, et le Mandchoukouo, État fantoche du Japon, est mal délimitée le long de la rivière Khalkhin Gol. Tokyo et Moscou y entretiennent des troupes méfiantes. Le 11 mai 1939, des cavaliers mongols franchissent la rivière près de Nomonhan pour faire paître leurs bêtes ; les gardes mandchoukouos les repoussent. L'incident, banal en apparence, met le feu aux poudres.
L', force d'élite japonaise stationnée en Mandchourie, cultive une autonomie notoire vis-à-vis de Tokyo : ses officiers ont déjà, par le passé, provoqué des faits accomplis que le gouvernement a dû entériner. Ses commandants voient dans l'incident l'occasion d'infliger une leçon aux Soviétiques et d'affirmer la fermeté de la frontière.
Mais l'escalade est dangereuse. L'URSS dispose de moyens blindés et aériens considérables en Extrême-Orient, et le Japon est déjà enlisé dans la guerre en Chine. Faut-il répondre par une démonstration de force, contenir l'affaire localement, ou en référer à Tokyo qui prêche la prudence ? Tout dépendra de l'ampleur que les commandants locaux voudront — ou pourront — donner à leur riposte, loin du regard de Tokyo.
L'armée du Guandong doit-elle transformer un incident de frontière en démonstration de force contre l'URSS ?
L' choisit A : elle engage progressivement des forces croissantes, persuadée d'une victoire facile. L'affrontement, d'abord limité, enfle en un conflit non déclaré de plusieurs mois sur les rives de la Khalkhin Gol. L'URSS y envoie d'importants renforts et confie bientôt le commandement à un général encore peu connu, . Sous-estimant la puissance soviétique, le Japon s'engage dans une épreuve de force lourde de conséquences pour l'orientation de sa stratégie — vers le nord contre l'URSS, ou vers le sud. Des deux côtés, on engage bientôt chars, artillerie et aviation, transformant un litige de pâturages en véritable épreuve de force.









