Élu le 2 mars 1939, le pape — l'ancien cardinal-secrétaire d'État , fin connaisseur de l'Allemagne où il fut nonce — hérite d'une Europe au bord du gouffre. L'annexion de la Tchécoslovaquie en mars, l'invasion de l'Albanie par l'Italie en avril, la dénonciation des pactes par Hitler fin avril : les signaux de guerre se multiplient.
Le Saint-Siège dispose d'une autorité morale unique mais d'aucune force matérielle. pèse l'idée d'une médiation : convoquer une conférence des cinq puissances directement concernées — Allemagne, Italie, France, Royaume-Uni et Pologne — pour désamorcer les contentieux de Dantzig et du couloir.
L'initiative est risquée. Un échec public affaiblirait le prestige pontifical ; une démarche jugée trop favorable à l'une des parties entamerait la neutralité du Saint-Siège ; et rien ne garantit que Berlin, qui n'a que faire d'un arbitrage, accepte de s'asseoir à la table.
Début mai 1939, le pape doit décider s'il lance ou non publiquement cet appel par la voie de ses nonces. Le moindre faux pas compromettrait l'autorité morale d'un pontificat à peine commencé, dans une Europe où plus personne ne semble vouloir écouter les appels à la modération.
Pie XII doit-il lancer une médiation publique entre les puissances, au risque d'un échec retentissant ?
choisit A : début mai 1939, il fait sonder les cinq gouvernements en vue d'une conférence de paix. La réponse est tiède, voire négative. Berlin, qui ne veut pas d'un arbitrage international, se dérobe ; les autres capitales ne croient pas à son succès sans l'Allemagne. L'initiative s'éteint en quelques jours sans avoir pu se concrétiser. C'est la première d'une série de démarches pontificales pour la paix qui se heurteront toutes à la détermination des belligérants. Le pape se tournera ensuite vers une diplomatie plus discrète. Le Saint-Siège concentrera dès lors son action sur l'assistance humanitaire et les démarches confidentielles auprès des belligérants.









