Pie XII — Summi Pontificatus
, 63 ans, est pape depuis le 2 mars 1939 sous le nom de . Diplomate de carrière — nonce apostolique à Munich de 1917 à 1925, puis à Berlin de 1925 à 1929, enfin Secrétaire d'État du Vatican sous de 1930 à 1939 —, il connaît l'Allemagne en profondeur et a négocié le Concordat de 1933 avec Hitler. En 1937, c'est lui qui a rédigé pour l'encyclique anti-nazie Mit brennender Sorge (« Avec une brûlante inquiétude »), lue en chaire dans toutes les paroisses catholiques d'Allemagne.
Élu cinq mois avant la guerre, préparait depuis l'été 1939 sa première encyclique, Summi Pontificatus, dont le texte est presque achevé au 1er septembre. Il y traite de la nature de la société humaine, de l'unité de la famille humaine, de la condamnation du totalitarisme et du racisme, et du droit des nations à l'existence.
Reste une question concrète, qui se pose à lui en octobre : faut-il nommer explicitement l'Allemagne nazie, l'invasion de la Pologne, le sort des Juifs ? Ou s'en tenir à une condamnation de principe, sans nommer personne, pour préserver les canaux diplomatiques et la protection des catholiques de l'Europe occupée ? La Curie est divisée : le cardinal Maglione, Secrétaire d'État, plaide pour une dénonciation explicite, tandis que Tardini et Montini — le futur —, à la Secrétairerie d'État, plaident pour la prudence, au nom de la protection physique des populations sous occupation, et notamment des 35 millions de catholiques polonais et allemands.
Comment formuler la condamnation dans Summi Pontificatus ?
choisit B avec un seul nom explicite : la Pologne. Summi Pontificatus est publiée le 20 octobre 1939. Le texte condamne la "doctrine erronée" qui fait du racisme une vertu, dénonce les "monstrueuses persécutions" antichrétiennes, et nomme la Pologne — « l'heure des ténèbres règne sur cette nation chère à Notre cœur ». Le mot « Allemagne » n'apparaît pas. Le mot « Juif » non plus. Le texte est diffusé en latin et 12 langues. En Pologne occupée, sa lecture publique est immédiatement interdite par les Allemands. Le Figaro, The New York Times et L'Osservatore Romano lui consacrent leurs unes. Le débat sur le silence de durant la Shoah reste l'un des plus vifs de l'historiographie. Les défenseurs (Rychlak, archives ouvertes 2020) soulignent le risque réel d'aggravation des persécutions si le pape avait nommé Hitler ; les critiques (Cornwell 1999, Goldhagen, Phayer) accusent une démission morale. Summi Pontificatus reste la position publique la plus forte du Vatican durant tout le conflit.









