Automne 1939. La guerre en Chine s'éternise, l'Europe vient de s'embraser, et les prix s'envolent à Tokyo. Les dépenses militaires gonflent la masse monétaire pendant que les importations de matières premières se raréfient. Le yen achète chaque mois un peu moins.
Le cabinet d', formé fin août, dispose de la loi de mobilisation générale (1938) qui l'autorise à fixer prix, salaires et loyers par décret impérial. Mais comment agir ? Geler tout l'appareil des prix d'un seul coup, ou bâtir patiemment une grille de prix officiels secteur par secteur ?
Chaque option a son coût : la brutalité d'un blocage général risque d'étrangler producteurs et marché ; la lenteur d'un encadrement sélectif laisse l'inflation courir pendant des mois.
Face à la flambée des prix déclenchée par la guerre, quel instrument le gouvernement impose-t-il pour stabiliser l'économie de guerre japonaise ?
Le cabinet Abe choisit le gel général. Le décret impérial n°703, « ordonnance sur le contrôle des prix » (Kakaku-tō Tōsei-rei), promulgué le 18 octobre 1939 et appliqué le 20 octobre en vertu de l'article 19 de la loi de mobilisation générale, fige l'ensemble des prix, salaires, loyers, frais de transport, d'entreposage et d'assurance à leur niveau du 18 septembre 1939 — d'où son surnom de « décret d'arrêt du 9-18 » (9.18 stop order). Toute hausse au-delà de ce plafond est interdite. La mesure n'enraye pas durablement l'inflation : elle nourrit un vaste marché noir et aggrave la pénurie, jusqu'à son remplacement par l'ordonnance de contrôle des prix de 1946.









