Acheter chacun pour soi ou d'une seule voix
Septembre 1939. La France et le Royaume-Uni viennent d'entrer en guerre. Tous deux dépendent des marchés neutres — surtout américains — pour l'acier, le pétrole, les matières premières, les avions et les vivres. Or chaque pays négocie pour son compte, et les acheteurs alliés se concurrencent déjà sur les mêmes cargaisons, faisant grimper les prix au profit des vendeurs.
envoie à Londres un homme rompu à ce problème, qui l'avait déjà affronté en 1917-1918 : il faut décider comment coordonner l'effort d'approvisionnement des deux alliés.
Faut-il laisser chaque nation acheter librement, instaurer une simple concertation au cas par cas, ou fondre les besoins et les commandes dans un mécanisme allié commun quitte à céder une part de souveraineté économique ?
Comment la France et le Royaume-Uni doivent-ils organiser leurs achats de guerre à l'étranger ?
La voie retenue fut celle de la mise en commun (option B). , fort de son expérience de la coordination interalliée de 1914-1918, plaida pour un véritable « pooling » des ressources alliées : bilans communs des besoins, programmes d'importation coordonnés et achats groupés pour présenter les Alliés comme un acheteur unique face aux fournisseurs neutres et briser la surenchère. Londres, réticente à une direction ministérielle commune, accepta un compromis au niveau des fonctionnaires : le Comité de coordination franco-britannique, annoncé fin novembre 1939 et présidé par Monnet à partir du 6 décembre 1939, chapeautant des comités exécutifs (matières premières, pétrole, armement, ravitaillement, transport maritime…) chargés d'« éliminer la concurrence entre les nations alliées ». Cette expérience de gestion commune nourrira plus tard la pensée européenne de Monnet.









