Dans les années 1930, la Banque nationale de Tchécoslovaquie avait mis à l'abri une partie de ses réserves d'or auprès de la Banque des règlements internationaux (BRI), sur un compte tenu à la Banque d'Angleterre, à Londres. Une précaution face à la menace allemande.
Après l'occupation de Prague en mars 1939, un ordre de transfert parvient à la BRI : faire passer une partie de cet or — environ 5,6 millions de livres — du compte tchécoslovaque vers un compte de la Reichsbank allemande. L'ordre, on le comprendra plus tard, a été extorqué sous la contrainte aux autorités tchèques occupées.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, , doit décider de la conduite à tenir. Exécuter l'ordre au nom du respect formel des instructions de la BRI et de la neutralité technique de l'institution, au risque de transférer à l'Allemagne nazie un or pillé ? Bloquer ou suspendre le transfert pour des raisons politiques et morales, au risque de politiser la finance internationale ? Ou en référer au gouvernement britannique avant d'agir ? La décision met en jeu la complicité financière avec un agresseur.
La Banque d'Angleterre doit-elle exécuter le transfert de l'or tchèque vers la Reichsbank, ou le bloquer ?
La Banque d'Angleterre choisit A : le transfert de l'or tchèque vers la Reichsbank est honoré, Norman s'abritant derrière une position légaliste — la Banque détenait de l'or pour le compte de la BRI sans avoir à s'interroger sur son propriétaire ultime. L'affaire, révélée par la presse, provoque un tollé : la presse, des députés et l'opinion accusent la City d'avoir aidé l'Allemagne nazie à disposer d'un or pillé, au moment même où Londres prétendait durcir le ton. Des archives publiées des décennies plus tard confirmeront l'embarras du gouvernement. L'épisode reste un cas d'école de la zone grise entre neutralité technique et complicité.









