Le territoire de Memel (Klaipėda), arraché à l'Allemagne après 1918 et rattaché à la Lituanie, abrite une forte population germanophone que le Reich agite. Une semaine après l'occupation de Prague, Berlin passe à l'action.
Le 20 mars 1939, Ribbentrop présente un ultimatum oral au ministre lituanien des Affaires étrangères, : la Lituanie doit céder le territoire de Klaipėda, faute de quoi la Wehrmacht envahira le pays et bombardera la capitale, Kaunas. La Convention de Klaipėda de 1924 garantissait pourtant le statu quo — mais ses signataires restent silencieux et n'offrent aucune aide.
Le gouvernement lituanien est seul face à une puissance écrasante. Céder sous l'ultimatum, c'est perdre son unique port en eau profonde et subir une humiliation nationale, mais épargner la guerre. Résister, c'est l'honneur, mais l'invasion et le bombardement assurés, sans allié pour secourir. Faire appel aux garants de 1924 semble vain, vu leur mutisme. Urbšys et le gouvernement doivent répondre en quelques heures, sous la menace directe. Le sort du dernier débouché maritime lituanien, et la crédibilité des engagements internationaux, se joue en quelques heures.
La Lituanie doit-elle céder Klaipėda sous l'ultimatum, ou résister sans aucun allié ?
La Lituanie choisit A : dans la nuit du 22 au 23 mars 1939, Urbšys signe le traité cédant le territoire de Klaipėda au Reich, effectif au 22 mars. Hitler, à bord du cuirassé Deutschland, fait son entrée triomphale à Memel. Faute du moindre soutien international, la Lituanie a plié sans combattre. C'est la dernière acquisition territoriale allemande avant la guerre, et un coup dur pour l'économie et le moral lituaniens. L'épisode confirme, une semaine après Prague, que les garanties d'avant-guerre ne valent rien sans la force pour les soutenir — leçon que méditeront Varsovie et Londres. Faute du moindre appui extérieur, la Lituanie aura cédé sans tirer un coup de feu.









